Toujours plus confrontés à une désertification médicale qui gagne du terrain, les maires se donnent corps et âme pour tenter d’obtenir l’installation de médecins dans leur commune. Tandis que les aides de l’État montrent leurs limites, plusieurs initiatives voient le jour pour tenter d’attirer le chaland.
Le conseil municipal de Montmorillon (Vienne), à un peu moins d’une heure de Poitiers, a voté l’automne dernier une aide de 25 000 euros destinée à un futur médecin généraliste. Cette prime d’installation, voulue par le maire Bernard Blanchet (DVG) qui n’est pas candidat à sa réélection, est associée à une année de gratuité de location de deux bureaux (un pour le médecin et l’autre pour un(e) assistant(e) médicale), pour un avantage financier estimé à 6 000 euros.
Nécessité fait loi
Si l’opposition a été surprise, raconte La Nouvelle République, pour l’édile, il s’agit d’une mesure ultra-rationnelle, liée à une cartographie de l’accès aux soins, qui l’est à ses yeux un peu moins. Montmorillon étant situé en zone d’action complémentaire (Zac), les aides de l’État s’élèvent à 10 000 euros. Pourtant, à quelques kilomètres de là, le territoire est classé en zone d’intervention prioritaire (Zip) et les médecins qui s'y installent peuvent prétendre à une aide de… 50 000 euros ! Certes, cette différence de traitement devrait bientôt s’atténuer puisque le gouvernement a prévu un coup de rabot pour toutes les aides pour les dix prochaines années. Mais quand nécessité fait loi…
L’avantage proposé à Montmorillon est bien sûr conditionné : le médecin ne peut s’installer que dans la maison de santé entièrement rénovée par la municipalité pour près de 400 000 euros et inaugurée début 2026. Le praticien doit s’engager à y exercer pendant un minimum de cinq années et assurer une activité a minima de quatre jours par semaine.
Et cela a marché : le Dr Florentin Fallot, 35 ans, reçoit depuis ce début d’année les quelque 6 000 âmes du lundi au vendredi, de 8 heures à 20 heures (et fait des visites à domicile de 13 heures à 14 heures).
Dans l’Oise, une aide à la primo-installation en médecine générale
Dans le même sillage, le 9 février, le conseil municipal de Méru (Oise) a voté une prime d’installation de 10 000 euros pour chaque médecin généraliste libéral qui déciderait d’y poser ses valises pour la première fois. En contrepartie, relate Oise Hebdo, la mairie de la commune de près de 14 000 habitants leur demande de s’engager à rester pour une durée minimale de cinq ans, aux tarifs conventionnés de secteur 1. Mais si le praticien venait à ne pas respecter ces engagements, la prime devra être restituée. Et être proposée à de nouveaux candidats…
Ce n’est toutefois pas la première fois que les Méruviens mettent en place une aide à l’installation d’un médecin généraliste. Fin 2019, une bourse de trois ans a été octroyée à la Dr Jade Le Rey, alors étudiante en troisième cycle, qui s’est engagée à s’installer cinq ans en activité libérale après l’obtention de son doctorat. La jeune femme qui effectuait déjà des remplacements à la maison médiale est en cours d’installation, à la recherche de locaux. De quoi ravir Nathalie Ravier, maire candidate à sa réélection, quelques semaines avant le scrutin municipal.
Les internes tout autant courtisés
Mais les médecins diplômés ne sont pas les seuls à qui les municipalités font les yeux doux. Les praticiens en devenir sont également vus comme de possibles futures recrues sur lesquelles investir. Dernier exemple en date raconté par L’Ardennais : la commune de Charleville-Mézières (Ardennes) a voté, cette mi-février, l’octroi d’une bourse de 800 euros par mois aux internes en médecine (soit 9 600 euros à l’année), lors du dernier conseil municipal, sur le modèle de ce qu’a monté la ville voisine de Sedan. En contrepartie, les bénéficiaires (au nombre de dix maximum) s’engageront à exercer sur le territoire pendant cinq ans.
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