Tout ça pour ça ? Annoncé en grande pompe à l’été 2025 par le gouvernement, le dispositif de solidarité territoriale, rebaptisé ensuite « Un médecin près de chez vous », ne fait pas recette, du moins pas encore.
Selon les derniers chiffres dévoilés par la DGOS (ministère), à l’occasion des Assises de la télémédecine fin janvier, un peu plus de 300 généralistes engagés (mais aussi retraités et jeunes médecins) avaient rejoint ce système de consultations médicales ponctuelles – jusqu’à deux jours par mois – dans des zones sous-dotées
Le Dr Christian Lehmann, célèbre généraliste écrivain, signe une tribune critique dans Libération, intitulée « Moi, médecin volontaire dans un désert médical : Le système est bancal, j’ai arrêté ». Le généraliste y évoque le piètre résultat, confirmé par le ministère de la Santé, de « 6 500 consultations, durant les trois derniers mois de 2025 », une maigre performance au regard des 2,5 millions de Français potentiellement concernés vivant dans les 151 intercommunalités identifiées comme « zones rouges » ultraprioritaires.
Dans sa tribune, le médecin en retraite active relate sa tentative de se porter lui-même volontaire malgré le « flou organisationnel ambiant », la plateforme d’inscription « sans information concernant la procédure, le matériel, les logiciels ». Le Dr Christian Lehmann déclare avoir renoncé avant de citer les témoignages édifiants de quelques confrères, entre parcours du combattant, défaut d’explication et autres lapins. Son texte se termine toutefois par un « vrai succès » à travers le récit très positif d’un confrère quadragénaire du Bas-Rhin. « Cela fonctionne parce que tout a été fait impeccablement en amont par la mairie », peut-on lire.
Arrêter les frais ?
Dans certains départements, la promesse de solidarité territoriale s’est, semble-t-il, transformée en douche froide. « Faute de volontaires, le dispositif "Un médecin près de chez vous" tombe à l'eau dans le Cher », titrent nos confrères du Berry Républicain, ce mardi 17 février. Six communautés de communes du département, répertoriées parmi les 151 zones rouges identifiées, en font l’amère expérience. Certes, l’appel aux généralistes volontaires a été lancé en septembre, confirme l’ARS, mais… sans aucun résultat, au grand dam des élus concernés.
Le président de la communauté de communes Berry Grand sud, Jean-Luc Brahiti, avoue pourtant avoir dépensé en cinq mois quelque 10 000 euros en matériel et installations diverses pour préparer des renforts en médecins solidaires, qui ne viennent simplement pas. En matière de résultat et de zonage, l’élu local voit rouge. Il a décidé de stopper les frais mais rappelle que son territoire et son équipe sont « toujours sur les rangs et prêts à être opérationnels ». Plus laconique, son homologue du Pays de Nérondes, Thierry Porikian, se dit « ni déçu, ni en colère », mais « regrette (cet) effet d’annonce sans concertation avec les acteurs de terrain ».
Pour mémoire, les médecins volontaires pour cette mission de solidarité territoriale dans les zones les plus fragiles perçoivent une indemnité de 200 euros par journée de vacation (100 euros la demi-journée) pour couvrir les coûts (déplacement, frais kilométriques, hébergement) liés à l’intervention. Cette indemnisation s’ajoute aux honoraires perçus lors des consultations.
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