C’est un courrier de l’Ordre des médecins de la Marne, en date du 30 janvier, qui a mis en émoi la communauté des généralistes du département. Son signataire, le Dr Sébastien Blateau, responsable de la permanence des soins au CDOM 51 y présente les modalités de la nouvelle organisation des gardes ambulatoires censée intervenir dans un mois et demi.
En l’occurrence, sont évoqués deux points fixes – la consultation de SOS Médecins et la consultation de la maison médicale de garde. Mais surtout la présence requise de deux médecins effecteurs mobiles, un praticien de SOS et « un médecin du grand secteur de Reims dont vous faites dorénavant partie », peut-on lire dans le document adressé aux généralistes du secteur. « Le médecin effecteur mobile prendra sa garde à partir du 1er avril 2026 par ordre alphabétique en partant de mon nom. Je prendrai ainsi la première garde d’effecteur mobile sur ce nouveau secteur », précise le Dr Blateau, lui-même généraliste et vice-président du CDOM 51.
Une question de sécurité
« La permanence des soins, personne ne la renie, ça fait partie du taf. Notre organisation avec une maison médicale de garde en poste fixe à côté de l’hôpital, sécurisée avec un vigile, fonctionne bien », relève la Dr Véronique Hiernard, qui ne décolère pas. « Ce qui a mis le feu aux poudres dans ce courrier, c’est la question de la sécurité. On ne veut pas se balader à travers le département tout seul en voiture pour faire des visites, la nuit, au domicile de personnes qu’on ne connaît pas », développe la généraliste de 53 ans. En résumé, les gardes oui mais pas « volantes », surtout dans des quartiers dangereux. Et elle n’est pas la seule à se déclarer opposée à cet aménagement. Un rapide sondage en ligne a recueilli en trois heures « 33 refus sur 35 réponses » à une participation aux gardes mobiles. « Pas au prix de notre sécurité ! D’autant que sur l’agglo rémoise, on doit être 70 % de filles », poursuit la Dr Hiernard.
Autre sujet de friction : le rappel maladroit par l’élu ordinal de la Marne du caractère obligatoire de la PDSA. « Il est du devoir du médecin de participer à la permanence des soins dans le cadre des lois et des règlements qui l’organisent », insiste le Dr Blateau, citant l’article R 4127-77 du code de la santé publique, oubliant que cette organisation relève du volontariat, acquis de haute lutte au début des années 2000.
Pour la branche généraliste de la CSMF, cette situation locale mérite de décerner un « carton rouge » au CDOM de la Marne. Le syndicat rappelle que « les médecins participent à la permanence des soins et à l’activité de régulation sur la base du volontariat ». « Toute interprétation contraire est inacceptable », assène la Conf’ qui somme l’élu ordinal de revoir sa copie et son discours.
Une voie de compromis pourrait être trouvée. Le courrier ordinal indique que les généralistes qui le souhaitent peuvent se manifester d’ici au 13 février et qu’une réunion d’explication sera organisée. « Je trouve plus intelligent que nous en discutions en amont plutôt que de s’empoigner, poursuit la généraliste marnaise, 27 ans de gardes au compteur. Mais cela n’aurait pas été inutile de le faire avant de nous mettre devant le fait accompli… ». Joint par Le Quotidien ce mardi 10 février, le CDOM 51 a fait savoir que le responsable de la PDSA ne souhaitait pas s’exprimer sur le sujet.
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