Même si le sujet n’est largement abordé que depuis une vingtaine d’années, les troubles musculosquelettiques (TMS) font partie du quotidien des soignants depuis toujours. Les publications sur le sujet – dont le nombre a augmenté exponentiellement depuis 2010 – permettent d’avoir une vision globale selon les professions de santé exercées : de 87,2 % à 93 % chez les dentistes, 90 % à 92 % chez les sages-femmes, 56,8 % à 92,5 % chez les infirmiers et 47,6 % à 96 % chez les kinésithérapeutes. La littérature concernant les chirurgiens (trois publications en 2010 contre 41 sur le même sujet en 2023, avec des données globales sur 1 900 praticiens) atteste de plus de 80 % de praticiens concernés par des TMS, qui peuvent être à l’origine de pathologies à long terme du rachis, des épaules ou du poignet. Il faut dire que cette profession, qui s’exerce majoritairement en position statique, souvent inconfortable, et avec des mouvements répétitifs exigeant une grande précision, est particulièrement à risque.
Plus de 80 % des chirurgiens sont concernés par des TMS
Chirurgie ouverte, mini-invasive ou robot
Les premières données dans ce domaine ont été obtenues entre 1980 et 2000, époque à laquelle la chirurgie dite « ouverte » était la plus pratiquée. Le cou (46,6 à 66,6 %), le bas du dos (39,0 à 71,7 %), les épaules (25,8 à 61,5 %) et les poignets (31,3 à 38,3 %) étaient les zones les plus exposées.
Au cours des trois dernières décennies, la chirurgie mini-invasive est devenue la référence dans de nombreux domaines. Au décours d’interventions de ce type, qui mettent en jeu des contraintes particulières, les chirurgiens maintiennent souvent leur cou immobile tout en conservant simultanément les muscles de l’épaule en abduction pendant toute la durée du geste. Conséquence : 58,8 à 72,9 % des praticiens souffrent de cervicalgies, 44,2 à 68,1 % de douleurs lombaires, 51,2 à 77,0 % de limitations scapulaires et 44,2 à 60,9 % de douleurs des poignets.
Enfin, la chirurgie robotique, qui s’est développée récemment, a permis de réduire l’inconfort postopératoire et la sollicitation musculaire des membres supérieurs, mais elle a accentué la position statique du cou, entraînant une raideur dorsale subjective. Parce que ces techniques sont encore assez récentes, il persiste des lacunes en matière d’ergonomie du positionnement du chirurgien.
Parmi les facteurs de risque de développer un TMS, on note : le nombre d’heures passées au bloc chaque semaine, le nombre d’heures travaillées debout, la durée des interventions, le nombre d’années d’expérience (peu ou, au contraire, beaucoup), le sexe féminin, un IMC élevé, la manutention manuelle de parties du corps, la pénurie de personnel, la température, la répartition asymétrique du poids et les mouvements de la tête vers l’avant.
Ergonomie, renforcement ou exosquelette
Normaliser la prise en compte des douleurs et des lésions musculosquelettiques chez les chirurgiens constitue le point de départ de stratégies de prévention. Des interventions sont nécessaires pour réduire l’impact de la douleur chronique sur les soins aux patients, le bien-être des chirurgiens et la durée de leur carrière.
L’ergonomie : adopter des pratiques ergonomiques permet de réduire le risque de TMS et d’améliorer le confort au travail. Voici quelques mesures clés : – position corporelle correcte : dos droit, épaules détendues et bras près du corps. Les pieds doivent être à plat sur le sol ou sur un repose-pied ; – utiliser un siège ergonomique : siège réglable avec un soutien lombaire adapté pour prévenir les douleurs dorsales ; – positionnement optimal du patient : hauteur confortable à l’aide de tabourets ou de coussins réglables ; – utiliser des instruments ergonomiques : adaptés individuellement à la main pour réduire la fatigue musculaire ; – faire des pauses régulières : étirer les muscles et reposer les yeux pour prévenir la tension accumulée.
Le renforcement musculaire : les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes peuvent proposer, outre les ajustements posturaux, des exercices de renforcement musculaire et des étirements avant et après l’intervention. Ces exercices peuvent être inclus dans la routine du bloc, mais aussi être effectués en dehors du lieu de travail et s’inscrire dans une prise en charge globale du bien-être.
Les exosquelettes : les fabricants d’exosquelettes communiquent désormais sur l’intérêt de ces aides pour les chirurgiens. Elles permettent d’améliorer la posture, d’augmenter la précision et de réduire la fatigue musculaire en fournissant un soutien aux bras, aux épaules et au dos, notamment en cas d’interventions longues.
El Boghdady M, Ewalds-Kvist BM. General surgeons' occupational musculoskeletal injuries: A systematic review. The Surgeon Volume 22, Issue 6, December 2024, Pages 322-331. https://doi.org/10.1016/j.surge.2024.05.001
Gorce P, Jacquier-Bret J. Work-related musculoskeletal disorders among surgeons: a bibliometric analysis from 1982 to 2024. Explor Musculoskeletal Dis. 2024;2:317–335 DOI: https://doi.org/10.37349/emd.2024.00059
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