Cumul retraite-activité libérale : attention aux pièges !

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Publié le 29/09/2025
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Les médecins retraités tentés par la poursuite ou la reprise d’une activité libérale doivent y regarder à deux fois avant de se lancer et sortir la calculette pour évaluer la pertinence de leur projet.

Le cumul retraite-activité libérale non optimisé reste moins rentable que l’ancienne situation d’actif non retraité

Le cumul retraite-activité libérale non optimisé reste moins rentable que l’ancienne situation d’actif non retraité
Crédit photo : GARO/PHANIE

L’analyse multicritère est requise

Avant tout, soyez nécessairement critique envers les publications de « votre » Carmf sur le sujet. Sa dernière mise à jour titrée « Le cumul est-il encore intéressant ? » (Informations n° 72 de décembre 2024) est bâtie sur une unique et caricaturale hypothèse « statistique » particulièrement rigide prise jusqu’au décès : d’abord celle d’une survie de vingt ans à partir de 65 ans chez un « médecin » bénéficiant d’une retraite à taux plein, suivie de celle de la survie de son « conjoint survivant » touchant sa pension de réversion pendant six années supplémentaires encore — rien de moins ! La valeur d’orientation d’un tel document, pourtant officiel, relève de la thèse bâtie sur un seul cas plutôt que d’une véritable analyse multicritère : celui du seul médecin homme qui ferait abstraction de la dégradation permanente des pensions Carmf face à l’inflation. Bref, ce n’est pas sérieux. Sur un sujet aussi majeur et décisif que le cumul emploi-retraite, l’analyse multicritère s’impose dans tous les cas, tant les situations individuelles se révèlent différentes, nombreuses et complexes. À moins qu’à notre grand étonnement, la Carmf envisage de faire comme tout assureur, à savoir conserver le plus longtemps possible des cotisants en lieu et place de prestataires.

Cumul, choix souvent économiquement contre-productif

Depuis plusieurs décennies, notre pratique de terrain, nos analyses rigoureuses et mises à jour régulières conduisent à une conclusion comparative claire : à quelques rares exceptions près détaillées, le cumul retraite-activité libérale non optimisé reste moins rentable que l’ancienne situation d’actif non retraité du cumulard. Quant à la solution de retarder la perception de votre retraite en poursuivant votre activité sans la liquider, seules les caisses de votre Carmf y gagnent assurément ! Car tout simplement, votre cas particulier n’incarnant pas une statistique nationale, chaque année qui passe sans percevoir de rente viagère « accessible » est une année de perdue pour vous. Et ce constat ne fait que se confirmer par son insuffisante revalorisation, y compris après la réforme du régime de base de 2023 qui, malgré l’introduction de quelques « nouveaux droits » (portant uniquement sur leur régime de base, très minoritaire chez le médecin libéral) au profit des cumulards, n’améliore la situation qu’à la marge.

Pire encore : en raison de l’intensité et des délais retors des ponctions obligatoires des caisses sociales, tout choix commun (soit en EI/BNC/IR) du cumul — souvent fait sans anticipation suffisante —, peut se révéler lourd de conséquences financières au moment de la cessation définitive d’activité en cumul. Cela, que ce soit à titre volontaire ou involontaire par décès, laissant parfois leurs ayants droit dans une situation financière difficile du fait paradoxal de la poursuite d’activité libérale ! Désastre d’autant plus fâcheux et paradoxal que l’activité en cumul (déjà moins rentable) aura été élevée.

Retraités actifs, soyez très vigilants

Les caisses sociales disposent d’un délai de trois ans et six mois pour vous réclamer les cotisations dues. Et aujourd’hui, l’interconnexion des administrations, facilitée par votre numéro de sécurité sociale, leur permet d’accéder directement à votre déclaration 2042-C-PRO et à l’ensemble des détails de vos revenus libéraux… Sans même vous la demander.

Dans ce contexte, la motivation d’une activité libérale post-retraite ne peut être uniquement financière, sauf à accepter de travailler en EI/BNC/IR en suivant à la lettre l’une ou plusieurs des solutions tactiques existantes pour éviter les prélèvements quasi totalement improductifs des cotisations sociales. Or, ce sont des solutions qui ne sont même pas évoquées par les communications officielles des caisses sociales, Carmf en premier lieu. Au final, sans ces solutions, en réalité et au cas général, vous offrez votre force de travail à une collectivité qui vous en fait payer le prix fort : près de 25 % de plus qu’un médecin non retraité en combinant le fiscal et le social !

Voici à titre indicatif les sept types de solutions techniques utilisables selon chaque situation individuelle :
● des mesures radicales spécifiques à la pire situation : celle du cumul limité avec dépassement ;
● l’échappatoire totale aux cotisations Carmf, liée à une période d’inactivité libérale et à l’absence de CFE ;
● les possibilités de demandes de réductions ou de dispenses de cotisations Carmf ;
● l’utilisation complexe et astucieuse de la modulation de vos cotisations sociales ;
● l’exercice en ZIP, le statut COSP, l’affiliation éclairée au RSPM, etc. ;
● le passage de votre EI/BNC/IR en EI/EURL/IS ;
● le passage de votre EI/BNC/IR en SELASU/IS. Dont seules les deux dernières, valant sésame à la liberté de vos rémunérations et au passage à l’IS, constituent réellement une opportunité de gestion redevenant vraiment gagnante. Elle reste donc à étudier de près chez les candidats cumulards motivés.

Planifier autrement vos revenus complémentaires

C’est pourquoi nous ne cessons de recommander, à titre de conseil préventif, la mise en place anticipée d’un plan d’épargne retraite privé (hors Carmf obligatoire) et souple (hors PER ou Madelin, sauf rares exceptions opportunes). Non seulement ce type de dispositif d’épargne longue permet d’anticiper la baisse inéluctable des pensions face à l’inflation, mais il offre, à terme, une rentabilité bien supérieure à celle — souvent illusoire et fugace — du cumul.

Et si l’on prend en compte le gain en qualité de vie, en temps libre, en fatigue physique et charge mentale évitées, ce choix de long terme devient encore plus favorable. Alors que le cumul mené sans fins calculs revient trop souvent à épuiser ses forces pour un surplus dérisoire, voire au pire devenant contre-productif en cas de décès prématuré.

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Source : Le Quotidien du Médecin