La bataille pour les élections professionnelles commence et elle s'annonce âpre. À moins de six mois du scrutin des URPS qui déterminera les forces en présence chez les médecins libéraux, deux syndicats de spécialistes ont annoncé leur union ce jeudi 22 octobre.
Avenir Spé, issu d'une scission de plusieurs verticalités au sein de la CSMF en janvier 2020, et Le BLOC, majoritaire chez les praticiens de plateaux techniques lourds (chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens), et signataire de la convention en 2016, feront front commun aux élections sous la bannière de « l'Union syndicale Avenir Spé-Le BLOC » en avril prochain.
Combien de divisions ?
À eux deux, ces syndicats approchent les 10 000 adhérents – Le BLOC revendiquant 2 800 à 3 000 adhérents (chiffres lissés sur cinq ans) et Avenir Spé, environ 6 000. Sur ces bases, ils ambitionnent de remporter les élections dans le collège des spécialistes (le troisième collège pour les plateaux techniques lourds ayant été supprimé).
Cette alliance est le fruit de plusieurs constats, au premier rang desquels la « dévalorisation de la médecine spécialisée » depuis plusieurs années en raison d'une représentation syndicale morcelée au sein de centrales polycatégorielles. Ces dernières doivent sans cesse « ménager la chèvre et le chou » entre médecine générale et médecine spécialisée, assène le Dr Patrick Gasser, à la tête d'Avenir Spé. Pour le gastro-entérologue nantais, seule une fédération de tous les médecins spécialistes permettra de porter leurs revendications haut et fort dans la prochaine convention.
Indépendance
Et ces requêtes sont nombreuses, à commencer par la nomenclature. « Nous avons un retard considérable sur les tarifs des actes médicaux, cliniques ou techniques, par rapport aux autres pays de l'OCDE », a cadré le Dr Philippe Cuq, coprésident du BLOC.
La réforme de la CCAM (classification commune des actes médicaux) et l'évolution de l'OPTAM et l'OPTAM-CO (options de pratique tarifaire maîtrisée) font partie des dossiers urgents pour les deux syndicats. Et pour agir sans tarder, ils demandent que la négociation de la prochaine convention médicale s'ouvre « dès mai 2021 », et non à fin mars 2023 comme le prévoit un article du budget de la Sécurité sociale (PLFSS, qui prolonge à cette date la convention actuelle).
Parmi les autres propositions de l'Union syndicale : revoir la place des médecins spécialistes dans les territoires, et d'abord leurs relations avec les agences régionales de santé (ARS) jugées « trop envahissantes » et le secteur hospitalier public ; mais aussi redéfinir les rapports avec les établissements privés. « Nous sommes liés par contrat avec les cliniques, dont la majorité appartient désormais à de gros groupes financiers », souligne le Dr Cuq, qui veut préserver l'indépendance professionnelle des praticiens.
Attention aux déprogrammations
Sans attendre les élections, Avenir Spé et Le BLOC ont précisé leurs lignes rouges sur le PLFSS 2021. « La confiance n'est pas au rendez-vous dans le texte », affirme le Dr Gasser. Outre le report de la prochaine convention (article 33), il déplore qu'une partie du financement rénové de la vie syndicale soit lié à une participation aux instances et actions conventionnelles, pouvant engendrer une « soumission à la signature ».
Concernant le Covid enfin, les deux syndicats alertent sur d'éventuelles déprogrammations d'activité. « On a beaucoup souffert de ces déprogrammations, il y a eu des retards de diagnostic énormes en cancérologie, en cardiologie, rappelle le Dr Cuq. Il faut continuer à prendre en charge les patients non Covid, tout en sachant qu'en 24 à 48 heures, on est capable d'arrêter toutes les activités. »
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