Nouvelle veillée d'armes chez les médecins. Au bord de la rupture avec l'Assurance-maladie, engagés dans un bras de fer avec le gouvernement, les praticiens libéraux sont appelés à cesser massivement le travail ce mardi 14 février et à manifester à Paris*, pour réclamer des hausses significatives de tarifs et s'opposer à la proposition de loi (PPL) Rist sur l'accès direct aux paramédicaux, examinée le même jour au Sénat.
Cette fois, les syndicats ont sorti le grand jeu : les appels à la fermeture des cabinets libéraux mardi se sont multipliés, la fédération SOS Médecins s'est jointe au mouvement et même l'Ordre des médecins, une première, a appelé à battre le pavé entre les quartiers du ministère (place Vauban, Invalides) et du Sénat (Panthéon), tandis que les internes et plusieurs organisations de PH ont décidé de rejoindre la mobilisation.
Front commun
Expression d'un malaise ancien, la mobilisation des libéraux en dit long sur le ras-le-bol. À deux semaines environ du terme de négociations cruciales pour la profession (la date butoir étant fixée le 28 février), l'hypothèse d'un accord semble plus incertaine que jamais. « Indécent », « humiliant » : la proposition d'une hausse transversale de 1,50 euro des consultations a été vécue comme une provocation par l'ensemble des syndicats. Si la consultation de base à 26,50 euros est évidemment très loin des 50 euros revendiqués par le collectif Médecins pour demain, mot d'ordre repris par trois syndicats (UFML, SML et FMF), elle a aussi été fermement rejetée par MG France et la CSMF, deux syndicats pivots en vue d'une signature.
Mais les syndicats représentatifs ont trouvé beaucoup d'autres renforts. Revendiquant « l'indispensable revalorisation de la visite à domicile » et le respect de sa régulation propre, SOS Médecins a appelé ses 1 300 adhérents à cesser le travail pendant 24 heures à partir de mardi matin (de 8 heures à 8 heures mercredi), ce qui risque de compliquer l'accès aux soins non programmés. Dans les cliniques, les chirurgiens de l'UCDF (membre du syndicat Le Bloc) soutiennent de leur côté le mouvement de façon symbolique, sans toutefois stopper l'activité opératoire ce mardi.
La Cnam prête à bouger
Cette fronde fera-t-elle bouger les lignes ? Jeudi dernier, le directeur général de la Cnam, Thomas Fatôme, affichait sa volonté de trouver un accord et s'est dit prêt à « aller plus loin » dès cette semaine, alors que vont reprendre les discussions bilatérales. « Nous irons plus loin à la fois dans le contenu et les niveaux de la nomenclature que nous proposons car c'est le bon moment pour aller plus loin », nous a-t-il confié.
Mais le DG reste ferme que le principe d'un « engagement territorial » individuel demandé aux praticiens libéraux pour prendre davantage de patients, s'engager dans la permanence des soins (PDS-A) ou les soins non programmés. Un engagement territorial qui permettrait aussi d'accéder aux tarifs majorés de consultation.
Médecine à deux vitesses
C'est précisément parce que l'offre médicale ne répond pas assez à la demande que le Parlement veut ouvrir les accès directs — sans prescription médicale — à certains paramédicaux : infirmières en pratique avancée (IPA), kinés et orthophonistes. C'est le sens de la proposition de loi de la députée (Renaissance) Stéphanie Rist, soutenue par l'exécutif, qui sera débattue ce mardi après-midi au Sénat.
Mais l'examen de ce texte controversé ajoute à la colère médicale, plusieurs syndicats déplorant le parasitage des négociations conventionnelles, la « dérégulation » programmée du parcours de soins autour du médecin traitant, voire la mise en place d'une médecine à deux vitesses avec cet accès direct. C'est la raison pour laquelle les syndicats joueront leur va-tout ce mardi dans les rues de la capitale, entre la place Vauban, voisine du ministère de la Santé, et celle du Panthéon, toute proche du Sénat. Début janvier, les médecins avaient réussi à rassembler entre 2 300 et 4 000 manifestants à Paris.
Hospitaliers et juniors solidaires
La jauge pourrait être dépassée, tant les renforts ont afflué ces derniers jours, y compris dans les rangs hospitaliers. Les internes de l'Isni ont annoncé qu'ils rejoindraient la manifestation nationale à Paris, protestant contre la dégradation de leurs propres conditions de travail et les menaces de mesure punitives en matière d'installation ou d'exercice. « La précarisation, ça suffit, la coercition, ça suffit », résume l'Isni. Les internes de médecine générale (Isnar-IMG) et les jeunes généralistes et remplaçants (Reagjir) seront aussi dans la rue.
Côté PH, l'intersyndicale Action praticiens hôpital (APH) mais aussi l’Amuf (urgentistes) protesteront devant le Sénat pour s’opposer à la PPL Rist qui « ne respecte pas les engagements initiaux de la pratique avancée infirmière et déstructure l’organisation du soin ». Ce week-end encore, Alliance hôpital (AH), qui fédère le SNAM-HP et la CMH, a apporté son soutien à la journée d'action des collègues libéraux, invoquant la qualité et la sécurité des soins.
Test
L'ampleur de la mobilisation aura valeur de test. Les généralistes de la CSMF ont prévenu que des cars « partent de toute la France : Laval, Strasbourg, Metz, Châteauroux, Vierzon, Orléans, Lille, Arras » invitant les adhérents à réserver (leurs) places. « Mardi, c'est un fait unique dans l'histoire, vous aurez tous les syndicats de médecins », a aussi insisté dimanche sur Europe 1 la Dr Agnès Giannotti, présidente de MG France. « C'est bien qu'il se passe des choses qui mettent en colère l'ensemble d'une profession, ça ne s'est jamais vu », a-t-elle souligné.
Le ministre de la Santé François Braun assume une réforme censée favoriser l'exercice coordonné entre soignants et surtout libérer du temps médical. La semaine dernière, il a assuré à l'AFP entendre « la colère » des praticiens « mais aussi celle des Français qui n'arrivent pas à trouver un médecin ».
Manif : parcours symbolique, discours à la pelle et marche funèbre
Les blouses blanches se retrouveront ce mardi, à partir de 12 h 30, place Vauban, à Paris – le départ du cortège étant prévu vers 13 h 15 en fanfare pour une arrivée au Panthéon en milieu d'après-midi (la fin de la manifestation étant annoncée vers 17 heures). Pas moins de onze discours des délégations syndicales devraient jalonner le parcours (Jeunes Médecins, MG France, FMF, puis Reagjir, l'Isnar-IMG, l'Isni, Avenir Spé-Le Bloc et enfin CSMF, UFML-S, SML et l'association Médecins pour demain).
Le programme annonce plusieurs chants symboliques (« Tous contre la loi Rist », « Respecte-moi » sur l'air d'Envole-moi) ou encore une minute de silence et la Marche funèbre.
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