La décision du premier syndicat de médecins généralistes (plus de 36 % des voix aux dernières élections professionnelles) de signer ou pas la nouvelle convention médicale était très attendue, elle est tombée comme un couperet ce dimanche soir : pour MG France, c'est trois fois non.
Lors d'un point presse en visio à 20h, la Dr Agnès Giannotti, présidente du syndicat de généralistes, a en effet annoncé, le ton grave, les résultats du vote historique de rejet, à l'unanimité. Difficile d'être plus clair : le comité directeur de MG France s'est prononcé lors d'un scrutin en ligne, sur le texte de la convention, avec « 100 % de non ».
Donnant donnant, c'est « devoirs et devoirs »
MG France explique notamment qu'il refuse un texte « qui conditionne la simple mise à niveau du tarif de leur acte de base à des contraintes supplémentaires ». La Dr Agnès Giannotti a relayé à cet égard plusieurs propos édifiants de généralistes adhérents de MG France ayant expliqué ce week-end qu'ils n'en peuvent plus, racontant leur « crise existentielle », refusant une « médecine à la chaîne », dénonçant le « mépris » des tutelles ou se levant « la boule au ventre ». Ce sont des témoignages poignants qui doivent faire réfléchir, a alerté la présidente de MG France.
L'exécutif en a pris pour son grade. « Le gouvernement n'a pas compris le malaise de cette profession, dont les effectifs sont sinistrés, dont la charge de travail augmente par l'effet domino des départs successifs des collègues et que certains politiques imaginent pouvoir facilement remplacer par d’autres professionnels de santé, sous-entendant que cette profession n’a ni savoir-faire, ni compétences propres, ni rôle spécifique », se désole MG France.
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La présidente du syndicat a accusé le gouvernement d'avoir « verrouillé » les négos, à la fois sur plan financier et en exigeant un pacte donnant/donnant « qui signifiait pour nous devoirs et devoirs ». « Le départ de 40 % des effectifs formés en médecine générale vers d'autres modes d'exercice que celui de médecin traitant devrait faire réfléchir les politiques sur ce qu'il en coûte de maltraiter ce métier », cingle encore MG France, qui assume la gravité de sa décision.
Revers pour la caisse
Pour le directeur général de la Cnam, Thomas Fatôme, le vote de rejet de MG France, premier syndicat à se prononcer officiellement sur le texte transmis par la caisse ce week-end, est un revers sérieux. Ce syndicat jouait en effet un rôle clé dans cette séquence puisqu'il pouvait engager à lui seul la signature au nom des généralistes.
Le stratégie centrale de la Cnam consistant à revaloriser nettement les tarifs des consultations médicales sous réserve d'un engagement territorial (soit 30 euros pour les généralistes et 35 euros pour les autres spécialistes dans ce cadre) — alors que la revalorisation sans aucune condition était simplement limitée à +1,50 euro, soit une consultation à 26,50 euros — n'a donc pas convaincu.
Ces engagements territoriaux (niveau minimum de patientèle, embauche d'un assistant médical, participations aux gardes, ouvertures le samedi matin ou exercice dans des déserts médicaux, etc.) ont été perçus par les généralistes de terrain comme une « provocation » alors que nombre de confrères sont épuisés, tentés de déplaquer ou de se déconventionner. En fin de semaine dernière déjà, la présidente de MG France avait jugé que le projet d'accord « méprise les médecins » alors qu'« on n'en peut déjà plus » en raison d'un rythme de travail trop élevé. « Quand le gouvernement dit que l'on ne s'engage pas pour faire face au manque de praticiens, cela rend les médecins généralistes furieux », avait-elle mis en garde.
Vers un règlement arbitral
Les autres syndicats de médecins représentatifs ont théoriquement jusqu'à mardi soir, 28 février, pour dire s'ils acceptent ou non le projet de convention pour cinq ans mais l'hypothèse d'un accord s'est définitivement éloignée, au regard des prises de position les plus récentes.
Si le projet d'accord n'est pas approuvé il reviendra à un arbitre de préparer la nouvelle grille tarifaire et les règles conventionnelles. Thomas Fatôme a rappelé vendredi que le projet d'accord en l'état signifiait 1,5 milliard d'euros de dépenses supplémentaires pour le budget de la Sécurité sociale, dont 600 millions pour les mesures non conditionnelles et 900 millions pour les mesures liées à des engagements sur l'offre de soins. Mais pour MG France, le compte n'y était pas.
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