C'est un effet inattendu du coronavirus : le pari de la téléconsultation à grande échelle pour freiner l'épidémie.
Aubaine pour les opérateurs de ce marché en croissance, le gouvernement, confronté à la multiplication des cas de Covid-19, a décidé le week-end dernier de déverrouiller les conditions de réalisation de la téléconsultation – une mesure exceptionnelle prévue pour l'instant jusqu'au 30 avril.
Concrètement, pour éviter l'engorgement des urgences, la saturation des appels au SAMU et les regroupements en salle d'attente, Olivier Véran a levé – pour les patients exposés au Covid-19 – les prérequis de la téléconsultation remboursée, c'est-à-dire l'obligation de passer par son médecin traitant et d'avoir eu une consultation présentielle les 12 mois avant une consultation à distance. Un décret a aussitôt officialisé ces dérogations.
Quant au matériel, le ministre autorise le minimum, y compris l'utilisation des applis « Facetime et WhatsApp ». Les téléconsultations peuvent être réalisées en utilisant « tous les moyens technologiques disponibles » pour réaliser une vidéotransmission (« lieu dédié équipé mais aussi site ou application sécurisé via un ordinateur, une tablette ou un smartphone, équipé d'une webcam et relié à internet »). L'idée est que tout patient exposé au Covid-19 puisse accéder à la télémédecine sans contraintes « même au fin fond de la Creuse ou au fin fond de la Lozère ». Emmanuel Macron lui-même a encouragé cette pratique, à l'occasion d'un déplacement dans un SAMU parisien, mardi dernier.
Les ORL avaient poussé
Début mars, plusieurs syndicats de spécialistes libéraux – à l'instar d'Avenir Spé, des Spécialistes-CSMF ou du syndicat des ORL – avaient souhaité l'essor rapide d'alternatives à la consultation physique. « La téléconsultation évite les déplacements de patients fragiles et chroniques, explique le Dr Patrick Gasser, président d'Avenir Spé, premier à réclamer un déploiement « massif » .
Le Syndicat des dermatologues (SNDV) a proposé lui aussi « un renforcement des outils de téléconsultation », souhaitant que la télédermatologie soit ouverte aux primo-consultants en période d’épidémie. Pour le Dr Luc Sulimovic, président du SNDV, le cadre assoupli permettra de ne pas « couper les patients de l'accès aux soins ».
Le Dr Philippe Vermesch, président du Syndicat des médecins libéraux (SML), se montre pragmatique. « À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ! La téléconsultation va servir mais les diagnostics à distance peuvent être compliqués à poser surtout si le médecin n'a pas l'habitude d'utiliser l'outil ».
Pas la solution miracle
L'URPS médecins libéraux Auvergne-Rhône-Alpes s'est réjouie des conditions d’utilisation élargie de la téléconsultation, alternative à utiliser à bon escient. « Nous avons déjà plusieurs médecins de SOS en confinement et indisponibles, illustre le Dr Marcel Garrigou-Grandchamp, généraliste élu de l'URPS ML d'Auvergne-Rhône-Alpes. Nous sommes déjà en flux tendu. L'URPS conseille aux médecins d'utiliser la téléconsultation chaque fois que cela est possible, notamment pour ceux placés en confinement ».
Si la CSMF salue l'élargissement de la téléconsultation « dans une situation exceptionnelle », elle marque son attachement à une « réponse territoriale ». « Une prise en charge de qualité et le recours éventuel à un avis spécialisé ou à une structure hospitalière est possible lorsqu’il s’agit d’une réponse à l’échelon d’un territoire », recadre la centrale de Jean-Paul Ortiz.
Mais plusieurs voix expriment de fortes réticences, à l'instar de MG France. « La téléconsultation sans outils connectés met le médecin en difficulté pour apprécier l'état réel de son patient durant l'épidémie ; elle augmente le risque dans la prise de décision », alerte le Dr Jacques Battistoni, président du syndicat de généralistes.
L'UFML-Syndicat affiche la même prudence. « S'il n'y a pas de lien de confiance, un patient se rendra aux urgences après une téléconsultation... Et si un médecin n'est pas sûr de son diagnostic car il ne connaît pas son patient, il est possible qu'il l'adresse aux urgences ! », commente le Dr Jérôme Marty, président du syndicat dans une vidéo sur Twitter.
Les plateformes jouent la gratuité
Pour les plateformes de télémédecine, le Covid-19 s'avère surtout une opportunité, y compris pour se faire connaître. En une semaine, plusieurs sociétés – Hellocare, Consulib ou ClickDoc – ont offert leur logiciel de téléconsultation aux praticiens le temps de l'épidémie.
Mais déjà, tous les opérateurs font état d'une explosion de la demande. La plateforme lemedecin.fr revendique un bond de 120 % du nombre de téléconsultations. MesDocteurs observe une augmentation de 40 % des consultations à distance auprès des bénéficiaires des complémentaires.
La licorne française Doctolib, qui a également offert son outil de consultation vidéo depuis le 5 mars, assurait avoir enregistré une hausse de 40 % du nombre de rendez-vous pris en une semaine. Conformément au décret d'assouplissement, elle donnera la possibilité de téléconsulter hors parcours de soins pour les patients exposés au coronavirus, dès que les « recommandations médicales » en ce sens seront connues.
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur