« Sport » sur ordonnance

Une loi bienvenue qui a ses limites

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Publié le 07/05/2018
sport sur ordonnance

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Crédit photo : Phanie

La réduction de l’activité physique et l’augmentation de la sédentarité sont des problèmes majeurs de santé publique, en particulier dans les pays développés. La moitié environ de la population mondiale n’est pas suffisamment active. L'inactivité physique serait la cause de 1,9 million de décès dans le monde entier chaque année. En France, près d’une personne sur trois a un niveau d’activité physique inférieur au seuil d’au moins l’équivalent de 30 minutes de marche rapide chaque jour.

L’activité physique voire sportive intervient dans la prévention primaire, secondaire et tertiaire de nombreuses maladies chroniques. Elle est aujourd’hui considérée comme une thérapeutique non médicamenteuse à part entière, validée par la HAS depuis 2011.

Depuis mars 2017, une loi rappelle que les médecins traitants peuvent prescrire une activité physique adaptée aux capacités et aux risques de leurs patients atteints d'une ALD exonérante. Il est toutefois à noter que ni la prescription ni la dispense de l'activité physique ne font l'objet d'une prise en charge par l'assurance maladie. Par ailleurs, une formation à la prescription de l'activité physique dans le cadre des études médicales, inexistante actuellement, paraît indispensable pour le succès de la nouvelle loi.

Comment prescrire une activité physique ?

L'activité physique regroupe tous les mouvements liés aux contractions des muscles squelettiques qui induisent une dépense énergétique supérieure au métabolisme de base. Il s'agit des activités physiques du quotidien, de loisir et de sport ou d'exercices physiques programmés. Le comportement sédentaire regroupe les situations d’éveil en position assise ou allongée associées à une dépense énergétique proche (≤ 1,5) de celle du repos. Sédentarité n’est pas synonyme d’inactivité physique, un sujet peut donc être actif et sédentaire. La sédentarité a des effets délétères pour la santé indépendants de ceux de l’inactivité physique. L’activité physique recommandée ou prescrite doit être adaptée (APA) individuellement à l'état clinique du patient.

La consultation dédiée à la prescription d’APA doit être centrée sur le patient, longue ou fractionnée, au besoin partagée et intégrée au parcours. Après avoir évalué la motivation, et le niveau de sensibilisation du patient, le médecin devra prendre en compte la sévérité de la pathologie, les capacités fonctionnelles et le risque médical du patient. Il pourra ainsi fournir des conseils, une ordonnance de prescription et prendre en charge le suivi de l’APA recommandée.

Avec l’accord du patient, le médecin traitant dirige alors le patient vers une structure employant des professionnels de l’APA formés spécifiquement. Les APA doivent toutefois être distinguées des actes de rééducation. La prescription d'une activité physique encadrée a pour but de permettre à un patient atteint d'une ALD d'adopter un mode de vie physiquement actif régulier pour réduire les facteurs de risque et les limitations fonctionnelles liés à sa pathologie.

Au total, en raison de ses bienfaits formellement prouvés, l'activité physique doit toujours être recommandée et prescrite si besoin. La nouvelle loi qui renforce cette recommandation est bienvenue, mais elle comporte des limites, notamment l’absence de prise en charge par l’assurance maladie et l’absence de formation spécifique des médecins. Enfin, la dénomination de « prescription du sport sur ordonnance » paraît mal adaptée aux patients en ALD. Nombre d'entre eux risquent de fuir si on leur annonce qu'on va leur faire faire du sport… Le terme activité physique devrait être privilégié.

* Hôpital de Pontchaillou, CHU et université de Rennes 1

Dr Gérard Bozet

Source : Le Quotidien du médecin: 9663