Ils représentent moins de 1 % de la population américaine mais ils ne cessent d’être attaqués par l’administration Trump. En 2025, les personnes trans semblent être l’une des cibles favorites du président américain et de son gouvernement. Dès son discours d’investiture le 20 janvier, il avait expliqué que son administration ne reconnaîtrait que deux genres, homme et femme, avant d’émettre un décret déclarant qu’il n’existe que deux sexes immuables.
D’autres ont suivi : interdiction aux filles transgenres de participer à des compétitions sportives féminines, interdiction aux personnes transgenres d’intégrer l’armée, blocage du financement fédéral pour les hôpitaux qui fournissent un soutien à la transition aux jeunes. Le site anti-trans bills tracker a recensé 125 lois anti-trans, dont 109 au niveau national, votées en 2025. Autant de mesures qui ont des effets graves dans la vie quotidienne. « Des études montrent systématiquement que les élèves LGBTQ+, en particulier les jeunes trans et non binaires, sont confrontés à des taux plus élevés d’intimidation, de harcèlement et de suicide, développe Jorge Reyes Salinas, directeur de la communication de l’organisation de défense des droits civiques LGBTQ+ Equality California. Nous constatons une augmentation spectaculaire de ces chiffres. »
En réponse à ces attaques, la communauté LGBTQ+ s’est organisée, comme l’explique au Quotidien Phillip Alexander Downie, président du Pride Center du comté de Montgomery dans le Maryland, cet État qui borde au nord Washington D.C. « Nous avons redoublé d'efforts en matière d'engagement civique : formation de bénévoles, inscription des électeurs et rencontres avec les districts scolaires et les systèmes de santé afin que, malgré les turbulences fédérales, les personnes transgenres continuent de bénéficier de leur dignité et d'un accès aux soins ».
Car en plus de couper des financements et d’interdire, le gouvernement américain pratique aussi l’intimidation. Le Washington Post a révélé cet été que le ministère de la Justice cherchait à obtenir des renseignements sur les soins donnés aux personnes transgenres mineures (adresses, notes de médecins, documents de facturation). La procureure générale Pam Bondi a déclaré en juillet que son ministère avait émis plus de 20 assignations à comparaître visant à traduire en justice « les professionnels de la santé et les organisations qui ont mutilé des enfants au service d’une idéologie perverse ». Depuis leur émission, plus d’une douzaine d’hôpitaux ont réduit ou supprimé les programmes de transition de genre pour les moins de 19 ans. La plupart se trouvent dans des États démocrates. Les médecins qui s’occupent de ces jeunes patients craignent d’être poursuivis par les autorités fédérales pour des motifs fallacieux.
Quant aux parents, ils affirment se démener pour trouver des médecins avant que les ordonnances de leurs enfants pour les bloqueurs de puberté ou les hormones arrivent à expiration. « Interrompre des soins d'affirmation de genre médicalement nécessaires est dangereux, détaille Philip Alexander Downie. Physiologiquement, des arrêts brutaux peuvent provoquer d'importantes fluctuations hormonales : maux de tête, bouffées de chaleur, fatigue, sautes de libido et d'humeur, et autres symptômes déstabilisants. Psychologiquement, la dysphorie peut s'intensifier, l'anxiété et la dépression peuvent grimper en flèche, et les troubles mentaux existants s'aggraver. Pour certaines personnes, le risque d'automutilation augmente. La continuité des soins est une question fondamentale de sécurité des patients. Elle ne devrait jamais être politisée. »
C’est pourtant la direction que suit le gouvernement américain. Le 26 août, le ministère de la Santé (HHS) a envoyé un courrier à 46 États et territoires américains les mettant en demeure de supprimer toute référence à la théorie de genre dans un délai de 60 jours de leur programme d’éducation sexuelle PREP (pour Personal Responsability Education Program). « Les fonds fédéraux ne serviront pas à empoisonner l’esprit de la prochaine génération ni à promouvoir des programmes idéologiques dangereux », a déclaré Andrew Gradison, secrétaire adjoint par intérim de l’Administration for Children and Families, antenne du département de la santé et des services sociaux (Health and Human Services) qui chapeaute le PREP. Ce programme, financé par le gouvernement fédéral, accorde des subventions aux organismes d’État pour sensibiliser les jeunes à la contraception et à la prévention des infections sexuellement transmissibles, en particulier à la campagne ou dans les quartiers défavorisés.
« Retirer les personnes transgenres des programmes d’éducation serait préjudiciable, prévient Debra Hauser, présidente d’Advocates for Youth, une association à but non lucratif qui crée depuis plusieurs décennies des programmes pour éduquer les jeunes à la santé sexuelle. Pour que tous les jeunes se sentent impliqués, ils doivent se sentir pris en compte, inclus et valorisés. C’est essentiel pour les aider non seulement à retarder l’initiation sexuelle et les grossesses adolescentes, mais aussi à s’épanouir et à devenir des adultes en bonne santé sexuelle. » « Le PREP est un outil essentiel de prévention du VIH. Si les États redéfinissent ses programmes en fonction de considérations politiques plutôt que scientifiques, il risque d’y avoir une réduction des centres d’information, une stigmatisation accrue à l’entrée des cliniques, une baisse du suivi des conseils, et, en conséquence, une augmentation de la transmission du VIH », anticipe Philip Alexander Downie.
Verdict de la Cour suprême sur la thérapie de conversion en 2026
Organe juridique le plus important du pays, la Cour suprême rendra-t-elle un jugement aux allures de séisme ? Kaley Chiles, une thérapeute agréée et chrétienne évangéliste, estime que la loi du Colorado interdisant la thérapie de conversion* aux mineurs la prive de sa liberté d’expression. Pour elle, ne pas pouvoir conseiller des mineurs conformément aux principes de sa foi constitue une violation du premier amendement de la Constitution des États-Unis. Si la Cour suprême, à majorité conservatrice, venait à lui donner raison, 30 États devraient modifier leur législation. L’administration Trump a plaidé en faveur de la plaignante auprès de la Cour suprême.
* la thérapie de conversion est une pratique visant à changer l’orientation sexuelle et/ou l’identité de genre, souvent sans consentement, via des stages, des séances d’électrochocs voire des exorcismes.
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Décès du Dr Bernard Serrou, ancien député de l'Hérault