Dan Corral et Andrea Pichler ont conclu un quinquennat en postdoctorat aux National Institutes of Health (NIH, Instituts Nationaux de santé) de Bethesda, dans la banlieue de Washington D.C. Pour Le Quotidien, ils reviennent sur cette expérience dans le vaisseau amiral de la recherche américaine.
La décision de s’expatrier
En couple depuis leurs études, Dan et Andrea ont décidé ensemble de candidater à l’étranger. « Quand tu fais une thèse en France et que tu veux continuer dans la recherche, c’est mieux de faire du post-doc' dans un autre pays », explique Dan, 32 ans. « Ça te fait sortir de ta zone de confort », complète Andrea, 32 ans également. « On a contacté les gros instituts pour avoir plus de chance d’être dans la même ville et on s’est dit qu’en fonction de qui trouverait en premier, l’autre suivrait », détaille Dan. Le natif de Perpignan est le premier à obtenir un poste aux États-Unis, un pays qu’ils ne connaissaient pas. Sa compagne autrichienne décroche également une place. « La réputation des Européens est plutôt bonne ici », ajoute-t-elle.
On voulait sortir de notre zone de confort
La différence palpable de budget entre les États-Unis et la France
Pour Dan et Andrea, un invité surprise s’est ajouté au début de leur expérience américaine : le Covid. Les scientifiques ont démarré leurs recherches en alternant télétravail et présentiel. Spécialisée dans l’épuisement lymphocytaire, Andrea est restée dans ce domaine : « En France, je travaillais sur le cancer et j’essayais de comprendre les récepteurs sur la cellule. Ici, j’ai travaillé sur l’infection chronique et je me suis plus intéressée à l’intérieur de la cellule, la machinerie ». Après sa thèse sur la tuberculose en immunologie, Dan s’est intéressé aux relations entre le système immunitaire et la glande mammaire pendant la grossesse et leur impact sur la production de lait et le développement des nouveau-nés. Un travail qu’il a publié, ce qui était un objectif : « Aux États-Unis, j’ai réalisé un papier et j’ai collaboré à plusieurs autres, raconte l’Occitan. Si tu décides de passer les concours, il faut montrer que tu as été productif. »
Le couple de chercheurs reconnaît que la principale différence entre les États-Unis et la France est financière. Dan s’est retrouvé en compagnie de 20 postdoctorants dans son labo. « En France, comme on a moins d’argent, on trouve beaucoup d’étudiants en thèse dans les labos », prolonge Andrea. La différence de budget se voit aussi dans les pratiques selon son compagnon : « Ici, les gens vont tout de suite utiliser les techniques les plus chères pour faire certaines expériences. Il y a un peu plus de dépenses non nécessaires parce qu’ils peuvent se le permettre. En France, on a moins de moyens donc on va beaucoup plus lire la littérature pour avoir du contexte. »
Des difficultés pour se lier avec les Américains
À chaque laboratoire son atmosphère de travail, sa façon de fonctionner et de rémunérer les postdoctorants. Les responsables de labo disposent d’un budget qu’ils dépensent comme bon leur semble. « Ma cheffe payait au milieu de la fourchette de salaires, précise Dan. Mais celle d’Andrea payait mieux car elle voulait peu de post-doc’. » Mais attention au coût de la vie. « Quand tu arrives de France, tu te dis que ton salaire est énorme, prolonge Andrea. Mais le coût de la vie est tellement différent qu’on n’était pas si bien payé que ça. On a été augmenté deux fois par an en suivant l’inflation, donc à la fin ça va. Et le NIH prend en charge la couverture santé. »
Pour le relationnel entre collègues, là aussi le responsable de labo a son importance : « Certains lancent des compétitions entre post-doc’ et le premier qui réussit publiera son travail, raconte Dan. Il m’est arrivé d’avoir quelques frictions mais globalement c’était à chacun son projet et on s’entraide. » Les deux scientifiques reconnaissent qu’il est assez difficile de se lier avec les Américains mais qu’ils ont apprécié le côté « cosmopolite » des labos.
De nombreux chefs de labo étrangers qui avaient été recrutés mais qui ne savaient pas s’ils allaient obtenir une position permanente ont préféré partir
Arrivent les coupes budgétaires du gouvernement Trump
Arrivés à la fin de l’hiver 2021, peu après le début de la présidence de Joe Biden, Andrea et Dan ont d’abord connu des années calmes. Et puis Donald Trump s’est réinstallé à la Maison Blanche et a lancé une série de coupes dans les budgets de la recherche. « Les gens avaient peur, se rappelle la native de Vienne. Ils avaient reçu un mail disant qu’ils pouvaient partir et toucher 12 mois de salaire. J’ai vu des personnes pleurer. » Des membres du DOGE, le Département de l’efficacité gouvernementale dirigé à l’époque par Elon Musk, ont circulé dans les couloirs du NIH, confisquant les ordinateurs portables laissés sans surveillance. « En tant que post-doc’, on n’a pas été directement concernés car nos salaires étaient assurés, souffle Dan. Mais on n’avait plus qu’une seule personne à qui on pouvait passer des commandes et cela a ralenti nos expériences. » Si cette période délicate est derrière eux, Andrea et Dan se montrent pessimistes pour l’avenir de la recherche aux États-Unis : « S’ils venaient à restreindre l’accès des labos uniquement aux étudiants américains, on pense qu’ils n’en auraient pas assez pour les remplir et que la qualité va se faire sentir. De nombreux chefs de labo étrangers qui avaient été recrutés mais qui ne savaient pas s’ils allaient obtenir une position permanente ont préféré partir ».
Un moment tenté de rester, les deux chercheurs ont décidé de rentrer au vu de la situation. Durant son expatriation, Dan a réussi le concours au CNRS/Inserm et ouvrira son laboratoire cet hiver à Toulouse. Andrea y travaillera avant, peut-être, de s’orienter dans la recherche privée.
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