Le généraliste n’est pas forcément celui que l’on croit. C’est le principal enseignement d’une vaste étude menée par le Collège de la médecine générale (CMG) et l’Ordre des médecins (Cnom) auprès de plus de 13 800 confrères et consœurs, dont les premiers résultats ont été dévoilés lors du CMGF, la semaine dernière à Paris. Portant à la fois sur le temps de travail et l’activité, cette enquête quantitative et qualitative* dessine les mille visages de la profession à l’aune d’un questionnaire précis, tout en déconstruisant certains stéréotypes. Revue de détails.
Une activité en partie genrée
La féminisation de la profession étant actée, l’enquête interroge l’impact du genre sur le type de médecine pratiquée. Tandis que la maternité a longtemps été considérée comme un frein à l’engagement professionnel, l’étude montre que les femmes généralistes de ville exercent presque autant que leurs confrères masculins (8 demi-journées par semaine** en moyenne contre 8,5).
En revanche, elles s’orientent davantage vers des soins du domaine de la santé de femmes et de l’enfant : par exemple, 72,6 % des femmes généralistes déclarent réaliser des frottis contre seulement 32,5 % de leurs confrères, un écart femmes-hommes qui se retrouve aussi sur la pose d’implant contraceptif (40,8 % vs 25 %). Le dépistage de l’audition et de la vision de l’enfant fait également partie des dix activités les plus réalisées par les généralistes femmes alors que ce n’est pas le cas de leurs homologues masculins. « Il y a un vrai effet de genre sur le type de soins mais pas fondamentalement sur le temps de travail », synthétise le Pr Paul Frappé, président du CMG et du congrès. Les hommes pratiquent davantage d’actes techniques et ostéoarticulaires, comme les infiltrations (31,9 %), les excisions de panaris (42,5 %) ou le tamponnement nasal antérieur.
Temps de travail : les jeunes pas si loin de leurs aînés !
À rebours du discours prétendant qu’il faut au moins deux jeunes généralistes pour remplacer un confrère expérimenté ou sur le départ, l’étude révèle un temps de travail assez similaire selon les générations : les moins de 40 ans déclarent travailler 8,1 demi-journées (de soin) par semaine contre 8,9 chez les plus de 60 ans (la moyenne générale étant à 8,3).
Il y a un vrai effet de genre sur le type de soins mais pas fondamentalement sur le temps de travail
Pr Paul Frappé, président du CMG
« La nouvelle génération travaille certes un peu moins mais on est très loin de ce qui est sous-entendu par les chiffres sur les tailles de patientèle », insiste l’étude. « Et attention, la paperasse n’est pas comptabilisée, ni les activités de représentation comme la coordination, la participation aux CPTS, le syndicalisme, etc. », précise le Dr Jean-Marcel Mourgues, expert démographie au Cnom, qui a copiloté cette enquête.
Inestimables remplaçants
Le bon mot est signé du Pr Frappé : « Un remplaçant, c’est comme un coin à champignons. Quand tu en as un bon, tu le gardes pour toi. » Précieux, les généralistes remplaçants exercent pour le très gros des troupes en cabinet libéral (90 % d’entre eux). Mais l’offre de soins primaires évoluant, ils sont près de 10 % à travailler dans les centres de soins non programmés. Autre statistique surprenante, 15,1 % d’entre eux comblent les manques dans les établissements, aux urgences ou en médecine polyvalente par exemple. Un remplaçant occasionnel travaille environ 60 % d’ETP d’un généraliste actif en cabinet (et 80 % pour un remplaçant régulier). Avec 9 500 généralistes intérimaires (soit 6 900 ETP médecins actifs), « c’est une vraie soupape pour le système de soins », insiste le Dr Mourgues. « Le remplacement, c’est tout sauf une activité sur un coin de table », abonde le Pr Frappé.
Pas malheureux de leur sort, seuls 42 % de ces « intermittents » envisagent de changer de situation professionnelle : pour 55,2 % d’entre eux, ce sera pour l’installation en libéral, tandis que 11,2 % visent le salariat en centre de santé et que 42,9 % ont en tête un autre format d’exercice, non défini.
Des carrières pas monolithiques et… gratifiantes
Mouvante, de moins en moins linéaire, la carrière s’éloigne définitivement du schéma du médecin de famille installé en solo pendant quarante ans au même endroit. Au-delà de traduire la variété des profils (34 % exercent en cabinet de groupe, 19 % en maison de santé, 10 % à l’hôpital, 5 % en tant que coordinateur en Ehpad), le sondage montre que près d’un généraliste sur cinq envisage de changer de situation professionnelle « à court terme ». Pour faire quoi ? Sur cette base qui aspire au changement, 42,8 % veulent exercer la médecine autrement et 30,2 % changer de pénates. Surtout, près de 30 % envisagent de raccrocher le stéthoscope. « Les carrières ne sont plus monolithiques », insiste le Pr Frappé.
Autre enseignement : 70 % des généralistes se déclarent satisfaits (plutôt ou très) de leur exercice, même si ce sentiment s’érode avec l’âge. Ce sentiment positif est aussi exprimé par les remplaçants. « Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de vraies difficultés mais on est loin du marasme général parfois relayé », se réjouit le président du CMG.
Pas urgentistes mais attentifs aux urgences
Alors que les généralistes se font régulièrement taper sur les doigts pour leur manque d’implication supposé dans la permanence des soins (PDSA) et les soins non programmés, l’enquête rebat les cartes. Que ce soit en cabinet, en maison ou en centre de santé, près de neuf médecins sur dix assurent les urgences et consultations imprévues du quotidien. Un sur deux se déclare effecteur de gardes pendant la PDS (un taux un peu au-delà de l’engagement que mesure l’atlas ordinal sur les gardes, autour de 40 %). En revanche, la pratique d’effecteur SAS (33,4 %) gagne à être connue. Que ce soit pour le SAS ou la PDSA, la régulation reste extrêmement minoritaire (autour de 4 %).
À l’heure, enfin, ou la réforme de la quatrième année de médecine générale inquiète, l’enquête révèle l’importance de l’activité de maîtrise de stage. Plus d’un généraliste sur trois (36,6 %) endosse cet habit de tuteur sur une base de cinq demi-journées par semaine en moyenne « C’est tout sauf anecdotique », se réjouit Paul Frappé. Plus d’un sur dix est directeur de thèse, 6,1 % sont enseignants de médecine générale et 7 % investigateurs sur des projets de recherche, illustrant là encore la diversité de la spécialité.
* Enquête transversale par questionnaire internet adressée le 5 mars 2025 aux 135 000 médecins généralistes enregistrés auprès du Cnom, à laquelle 13 874 ont répondu (soit un taux solide de 10,2 %). 64,6 % sont libéraux exclusifs, 25,1 % salariés et 10,3 % ont une activité mixte
** La notion de demi-journée est subjective dans cette étude. Mettant leurs résultats en miroir des 50 à 55 heures de travail par semaine mesurées par la Drees (2022), l’Ordre et le CMG précisent que leur calcul ne comptabilise pas les activités chronophages hors soins
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