POUR LA PREMIÈRE FOIS, un volet du baromètre santé de l’INPES intègre la question de la consommation de substances psychoactives en milieu professionnel. L’étude ne porte pas sur des usages qui se déroulent systématiquement sur le lieu de travail mais sur des pratiques addictives qui caractérisent des individus exerçant dans certains secteurs d’activité, précise François Beck, responsable du département enquêtes et statistiques à l’INPES. Ce volet du baromètre INPES 2010 inclut un total de 14 835 personnes actives au moment de l’enquête englobant 21 secteurs d’activité. Seulement 11 secteurs dont les comportements des professionnels de la branche diffèrent de la moyenne des actifs ont finalement été retenus dans l’analyse de l’INPES. Drogue la plus consommée et responsable de 10 à 20 % des accidents du travail déclarés, l’alcool touche particulièrement les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de la construction. Environ 16,6 % des agriculteurs et pêcheurs, ainsi que 13,4 % des professionnels du bâtiment en font un usage quotidien contre 7,7 % de l’ensemble des actifs âgés de 16 à 64 ans. Ces métiers sont aussi davantage concernés les consommations importantes et ponctuelles que les autres. Ils sont 32,7 % du secteur de la construction et 30,7 % des professionnels des secteurs de l’agriculture et de la pêche déclarent avoir bu au moins six verres en une occasion au moins une fois par mois, devant ceux des secteurs de l’industrie (26,2 %), l’hébergement et la restauration (26,9 %) et contre 19,2 % de l’ensemble des actifs.
Différences de genre.
Hors repas et pots, la consommation sur le lieu de travail concerne 16,4 % des actifs (18,9 % des hommes et 10,3 % des femmes). Près de 40 % d’entre eux déclarent avoir consommé de l’alcool à la sortie du travail entre collègues (43 % des hommes et 32,6 des femmes). Les consommations de tabac les plus importantes touchent les secteurs de l’hébergement, de la restauration (44,7 %), de la construction (43,8 %) et le commerce (38,4 %). Le cannabis touche principalement les métiers des arts et spectacles, avec 16,6 % de consommateurs dans l’année (contre 6,9 % parmi l’ensemble des actifs), devant ceux de la construction (13 %), de l’hébergement et de la restauration (12,9 %). Pour les autres drogues illicites, les milieux de la restauration, de l’information/communication, des arts et spectacles sont les plus consommateurs de cocaïne, ecstasy, poppers et champignons hallucinogènes. Quatre secteurs d’activité affichent en revanche des niveaux de consommation de substances psychoactives bien inférieurs à la moyenne des actifs : l’administration publique, l’enseignement, la santé humaine, l’action sociale et les activités de services des ménages (femmes de ménage, jardiniers, concierges…).
Au-delà de ces chiffres, « les analyses par secteur d’activité sont à interpréter avec précaution du fait du caractère fortement sexué de certains d’entre eux », (à l’image de la construction et ses 90 % d’hommes ou de la santé/action sociale et ses 83 % de femmes), souligne l’INPES. Ainsi, les surconsommations d’alcool des hommes exerçant dans les secteurs de l’agriculture et de la construction n’ont par exemple guère été observées chez les femmes exerçant ces métiers. De même, les profesionnelles du commerce sont plus souvent fumeuses de tabac, de cannabis et présentent davantage d’ivresses que la moyenne des actifs, alors que cette tendance ne se retrouve pas chez les hommes. Par ailleurs certains usages semblent directement liés à l’environnement professionnel des individus. « Plus du tiers des fumeurs réguliers (36,2 %), 9,3 % des consommateurs d’alcool et 13,2 % des consommateurs de cannabis déclarent avoir augmenté leurs consommations du fait de problèmes liés au travail ou à leur situation professionnelle au cours des 12 derniers mois », indique l’INPES. Néanmoins, « ces résultats ne doivent pas occulter le fait que l’exercice d’une activité professionnelle reste globalement un facteur de protection des conduites addictives, comparée à la situation de recherche d’emploi », ajoute l’INPES. Selon l’instittut, les liens entre consommation de produits psychoactifs et milieux professionnels doivent encore être affinés, certaines pratiques addictives au sein d’un secteur pouvant relever à la fois d’un aspect culturel, d’une marque de souffrance au travail, voire d’une recherche de performance, commente François Beck.
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