LE CINÉMA POUSSE-T-IL vraiment les adolescents à consommer de l’alcool, à l’instar de ce qui a déjà été observé dans le tabac ? Pour en savoir plus, une équipe de chercheurs américains a mené l’enquête aux États-Unis auprès de 6 522 jeunes de 10 à 14 ans. À partir de juin 2003, ces derniers ont été sondés deux années durant par téléphone à quatre reprises sur leur consommation d’alcool, les facteurs d’influence potentiels et les titres de films visionnés. Afin d’évaluer l’influence du cinéma sur l’alcoolisation de ces jeunes, les chercheurs ont travaillé à partir d’une base de données de 532 films, incluant le top 100 du box-office américain des cinq dernières années précédant l’étude et 32 films ayant généré plus de 15 millions de chiffres d’affaires au cours du premier trimestre 2003. De ce corpus, les auteurs ont chiffré à 4 h 30 la durée moyenne d’exposition à des scènes où figurent des usages explicites d’alcool ou des placements de produits alcoolisés. Pour définir le niveau d’exposition des adolescents, ces jeunes ont indiqué à partir d’une liste restreinte randomisée de 50 films, les titres déjà visionnés. La mesure de cette exposition est obtenue en additionnant pour chaque film vu, les temps des séquences où l’alcool y figure. Premier enseignement : le nombre d’adolescent s’initiant à l’alcool varie du simple ou double entre les jeunes les moins exposés à des scènes d’alcool au cinéma et les jeunes les plus exposés.
Casser l’interdit.
Au cours de l’étude, la part de jeunes adolescents américains consommant pour la première fois des produits alcoolisés a plus que doublé passant de 11 à 25 %. Sur la même période la proportion de jeunes entrant dans la pratique du « binge drinking » (5 verres d’alcool et plus au cours d’une même occasion) a plus que triplé (4 à 13 %). Pour les chercheurs, l’exposition à des scènes cinématographiques évoquant l’alcool joue un rôle dans 28 % des cas de débuts de consommation et pour 20 % des comportements de « binge drinking » identifiés dans la cohorte. En outre 11 % des adolescents interrogés ont déclaré posséder un objet ou vêtement à l’effigie d’une marque de produit alcoolisé, ce qui suggère une certaine influence marketing. Cette exposition cinématographique contribue à casser l’interdit de l’alcool en le banalisant, voire en le rendant acceptable et valorisant, souligne l’étude. Pour les auteurs, l’exposition cinématographique de l’alcool constitue donc un facteur de risque important à prendre en compte au même titre que l’entourage du jeune (l’usage d’alcool par les parents ou les amis est mentionné par 23 % des adolescents. Et 29 % déclarent pouvoir en obtenir à leur domicile). Pour les chercheurs, l’industrie cinématographique devrait adopter vis-à-vis de l’alcool des restrictions similaires au tabac en termes de placement de produits. Du côté des parents, ces derniers pourraient davantage limiter l’accès de leurs enfants à certains films en s’appuyant sur les classifications cinématographiques par public qui identifient notamment l’essentiel des scènes de consommation d’alcool ou de placement de produits alcoolisés. Les auteurs soulignent par ailleurs l’importance d’évaluer l’impact plus global des médias (en incluant notamment la télévision et Internet) dans l’alcoolisation des jeunes.
* Comparing media and family predictors of alcohol use : a cohort of US adolescent
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