› Un médecin, une vie
DE NOTRE CORRESPONDANTE
QUAND LA MÉDECINE traverse les générations d’une même famille, il devient difficile de faire autre chose… Or, des médecins, la famille de Jacques Barsony en a compté jusqu’à dix ! Des grands-pères, des oncles, un père, devenus endocrinologue, cancérologue, psychiatre ou généraliste. C’est donc tout naturellement qu’il a repris le cabinet familial comme d’autres reprennent la boucherie ou le garage. « Tout petit, déjà, j’accompagnais mon père en visite, j’assistais à ses consultations. Dans la vie, j’ai très vite compris qu’il y avait les médecins et les autres. Du coup, pour ne pas tomber moi-même entre leurs mains, j’ai décidé d’en être », raconte-t-il avec humour.
Jacques Barsony est installé depuis 1980 sur les allées Jean-Jaurès, à Toulouse, où il est né et a grandi ; il a commencé à exercer la médecine générale aux côtés de son père, un émigré hongrois. « À l’époque, il soignait surtout des réfugiés espagnols, qui l’appelaient El Doctor. Quelques années plus tard, il a soigné des Maghrébins venus d’Algérie et du Maroc. Mon père a toujours perpétué une tradition d’accueil. Qu’ils soient espagnols, ou arabes, ses patients se sentaient à l’aise ici », raconte-t-il. Aujourd’hui encore, les étagères du cabinet familial débordent des souvenirs de leurs visites : bouteilles d’Anis, gourdes espagnoles, squelettes, cohabitent avec des chameaux, narguilé… Mais aussi de nombreux tableaux et des compositions florales. « Je suis au centre ville, mais aussi au centre de la misère, entre le quartier de la prostitution, le bureau d’aide sociale, près de la gare et de quelques places fortes de SDF », résume-t-il.
Sans filet.
Quelques années plus tard, le Dr Barsony prend la relève et commence à soigner des toxicomanes ; et en 1993, il décide de prendre en charge l’un d’eux, malade du sida, avec un traitement à base d’opiacés. « Pendant deux ans et jusqu’à la légalisation des traitements de substitution, nous avons travaillé sans filet, moi et une petite dizaine de médecins à Toulouse. Nous avons avancé sur les traces de Jean Carpentier et notre première prescription s’est faite avec lui. Au départ nous avons travaillé dans l’illégalité mais sans nous cacher, l’Ordre était au courant, il nous a même encouragé, tout en nous mettant en garde. »
Dès le départ, les médecins toulousains travaillent ensemble pour se soutenir et, dès 1995, d’autres réseaux, spontanés et bénévoles, se développent dans toute la France et se connectent aux centres de soins spécialisés.
Généraliste avant tout.
Malgré cette spécialité, Jacques Barsony se revendique toujours comme un généraliste absolu. « La fonction du généraliste, c’est d’être ouvert sur la rue, ce que je fais en m’adaptant à ce que les gens viennent me demander. Je réponds aux besoins de santé publique, c’est la première mission du médecin », décrit-il. Pourtant, ses consultations n’ont pas grand-chose à voir avec celles d’un cabinet classique. Ici, deux consultations sur trois concernent des patients toxicomanes (soit pas moins de 3 000 consultations par an).
Fort de cette expérience, le médecin pose dans son livre un regard d’expert sur l’évolution des politiques de prise en charge des toxicomanies. « Nous avons à ce jour 200 000 toxicomanes en France, de ce point de vue la politique est un échec total. Dans le même temps, les dégâts faits par les drogues (overdoses…) sont en forte baisse : de plus de 1 000 /an dans les années 1990, nous sommes tombés aujourd’hui à quelques dizaines/an. Cela grâce aux traitements de substitution, qui permettent une meilleure information en amont et de meilleurs accès aux soins. Cette amélioration, nous l’avons gagnée contre vents et marées », estime-t-il. Homme de terrain, il constate cependant, en Midi-Pyrénées comme ailleurs, d’importantes inégalités d’accès aux traitements de substitution. S’il est assez facile de trouver de la méthadone à Toulouse, c’est autre chose dans le Gers ou en Ariège. « Dans leurs cabinets, les médecins ne connaissent pas ces drôles de malades et ils ne se lancent pas inconsidérément dans ce genre de traitements et nous avons le même problème au sein des établissements de santé concernant la distribution de méthadone », explique le Dr Barsony.
Pour encourager les confrères, le réseau Passages propose d’ailleurs des séances de formation, « mais c’est un travail de fourmi, qui nécessite pour eux, une certaine conversion à ce phénomène », témoigne-t-il. C’est d’ailleurs le message qu’il livre en substance dans son ouvrage. « Mon livre, c’est comme un ouvrage américain, dit-il, à la fin, les toxicomanes ils s’en sortent ! Justement grâce aux traitements de substitution. Mais il faut aussi faire attention, car la toxicomanie est devenue à la mode. C’est pourquoi, j’ai envie de dire à mes confrères médecins, allez-y ! Accompagnez ces patients-là dans vos cabinets ! »
* « Lettre ouverte aux drogués & aux autres s’il en reste… », essai, Jacques Barsony, éditions JBZ & Cie, 206 pages, 17 euros.
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