Depuis le déclenchement, mi-mars, du plan blanc élargi dans les établissements sanitaires, les cliniques se sont organisées pour épauler les hôpitaux en première ligne, en déprogrammant toutes les consultations et les opérations non urgentes. « Ce fut une rupture brutale dans notre activité chirurgicale », déclare le Dr Philippe Cuq, à la tête de l'Union des chirurgiens de France (UCDF). Lors d'une conférence de presse à distance, le chirurgien, également co-président du BLOC (regroupant chirurgiens, anesthésistes-réanimateurs et obstétriciens) n'a pas caché son inquiétude.
Après un mois de confinement, la baisse de l’activité de ces spécialistes libéraux oscille entre 40 et 100 % pour certaines spécialités. Pour y faire face, ses médecins de plateaux techniques misent sur l’aide financière de l’assurance-maladie pour soutenir les structures libérales mais aussi sur une reprise « modérée et raisonnée » de l’activité chirurgicale avant la fin du confinement. Une reprise jugée même « urgente » sur le plan sanitaire.
« Lors du déclenchement du plan blanc, nous avons continué des activités pour les urgences chirurgicales et pour les patients dont l’attente pouvait causer une perte de chance, surtout en cancérologie. Mais aujourd'hui, après trente jours de confinement, nous voulons alerter sur la situation dégradée de certains malades. Il y a des pontages bouchés, des ischémies évolutives et des malades qui risquent d’être amputés car il y a des retards de diagnostic. Si cela continue, on va augmenter la mortalité autre que le Covid-19 », prévient le Dr Cuq.
« Pas à l'ARS d''imposer une liste de chirurgie »
Cette reprise d’activité, dictée par les besoins des patients, doit surtout porter sur les soins non urgents ne pouvant pas attendre jusqu’au 11 mai et les activités de diagnostic, de dépistage et de consultation pour les patients en ALD. Pour le Dr Cuq, la relance est possible pour tous les établissements à condition de prendre toutes les précautions de sécurité et de surmonter encore certains freins.
« Il manque encore des moyens de protection pour les soignants et les patients comme des gants et des tests », reconnaît le chirurgien toulousain. Certains établissements qui n’ont pas reçu de patients Covid devront également organiser des parcours spécifiques dans les urgences et dans les blocs pour séparer d'éventuels patients Covid des non Covid à nouveau pris en charge. « Chaque établissement doit s'organiser en fonction de ses moyens disponibles », dit-il. Quant aux indications opératoires, « c'est une décision collégiale et médicale entre le chirurgien et l'anesthésiste en fonction de l'évaluation de la situation du patient. Dans mon établissement, c'est une cellule de programmation qui décide. Ce n'est pas à l'ARS d''imposer une liste de chirurgie », dénonce le Dr Cuq.
Derrière cet avertissement, les spécialistes libéraux déplorent le comportement de certaines tutelles régionales. « Certaines ARS comme l'Ile-de-France est efficace et joue le jeu [de la compatibilité public/privé, NDLR], mais d'autres veulent nous empêcher de rouvrir car elles ont peur que la reprise de nos activités aggrave les pénuries de masques, de tests et de médicaments essentiels pour la réanimation comme le curare. C’est compréhensif mais nous considérons qu’il y a des patients à prendre en compte », tance le chirurgien.
Dans ces circonstances, le BLOC réclame au gouvernement de « retirer le plan blanc » qui impose l'arrêt de toute intervention programmée aux établissements privés.
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