REVISITER UN CLASSIQUE peut se révéler meilleur que l’original. Un travail multicentrique français montre qu’associé au protocole standard, un médicament récent, jusque là utilisé seul dans la leucémie à promyélocytes, permet d’améliorer le pronostic de la leucémie aiguë myéloïde (LAM) sans grever la tolérance. Il s’agit du gemtuzumab ozogamicine (Mylotarg), un anticorps monoclonal anti-CD33 conjugué à une molécule cytotoxique, l’ozogamicine (ou caléchéamycine). Ce protocole modifié a permis d’augmenter significativement la survie sans événement ainsi que la survie sans rechute, tout en limitant la toxicité hématologique des doses cumulées élevées grâce à une administration fractionnée. Une thrombocytopénie persistante en particulier était plus fréquente, mais la mortalité par iatrogénie restait stable.
Vingt-trois services d’hématologie répartis sur l’ensemble du territoire français ont participé à cet essai de phase III. Ont été recrutés 280 patients, 140 randomisés dans le groupe gemtuzumab ozogamicine et 140 autres dans le groupe contrôle. Dans la LAM, le protocole classique de chimiothérapie comporte de la daunorubicine (50 à 60 mg/m2 par jour) pendant trois jours et de la cytarabine en continu (100 à 200 mg/m2 par jour) sur 7 jours, désigné sous l’appellation « protocole 3 + 7 ». Dans cette étude, les médecins français ont rajouté de la gemtuzumab ozogamicine à une dose plus faible que celle utilisée habituellement (3 au lieu de 5 mg/m2), de façon répétée tous les trois jours, à J1, 4 et 7 (« protocole 3-3-3 »).
Cytogénétique favorable
Si la réponse complète avec ou sans remontée des plaquettes était superposable dans les deux groupes, la survie sans événement à deux ans était significativement meilleure dans le groupe gemtuzumab ozogamicine par rapport au contrôle, respectivement de 40,8 % et 17,1 %. De la même façon, la survie sans rechutes était de 50,3 % et 22,7 %. « Les résultats de cette étude montrent que l’ajout de doses fractionnées de gemtuzumab ozogamicine à la chimiothérapie standard améliore la survie des patients âgés de 50-70 ans ayant une leucémie aiguë myéloïde de novo », commente l’équipe sous la direction du Dr Sylvie Castaigne, du centre hospitalier de Versailles.
La cytogénétique semble jouer un rôle important dans la réussite du traitement. L’étude française a ainsi révélé que le bénéfice était plus prononcé dans les sous-populations ayant une cytogénétique favorable ou intermédiaire, ce qui va dans le sens des données antérieures. Il se pourrait également que l’anticorps monoclonal soit moins efficace en cas de phénotype multirésistant, celui-ci étant fréquemment associé à une cytogénétique défavorable. Comme le souligne un hématologue de Seattle, le Dr Elihu Estey, dans un éditorial, la LAM est un ensemble si « hautement hétérogène » qu’il serait intéressant de se pencher sur l’efficacité dans différents sous-types cytogénétiques.
The Lancet, publié en ligne le 5 avril 2012. doi:10.1016/S0140-673(12)60485-1
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