Cancers pédiatriques : de nouveaux foyers identifiés en Charente-Maritime

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Publié le 27/03/2025

S’il n’a pas été mis en évidence de surrisque de cancers pédiatriques au niveau du département, quatre clusters en Charente-Maritime ont été identifiés dans une étude réalisée par le registre général des cancers de Poitou-Charentes avec le soutien de la Ligue contre le cancer.

Crédit photo : VOISIN/PHANIE

Trois foyers près de La Rochelle, un autre à l'ouest de Saintes : une nouvelle étude exploratoire retrouve un risque accru de cancers pédiatriques (tranche 0-24 ans) dans des territoires de Charente-Maritime, où la pollution aux pesticides agricoles est régulièrement pointée du doigt.

Le rapport, dévoilé par le quotidien Le Parisien et que l'AFP a pu consulter avant sa mise en ligne la semaine prochaine, a été réalisé, avec le soutien de la Ligue contre le cancer, par le Registre général des cancers de Poitou-Charentes, rattaché au CHU de Poitiers qui avait lancé une alerte sanitaire en 2018 concernant le nombre élevé de patients atteints d'hémopathies et cancers à Saint-Rogatien. Une cinquantaine d'adultes et plusieurs enfants étaient alors concernés dans ce bourg de 2 200 habitants proche de La Rochelle, dans la plaine céréalière d'Aunis.

En octobre, une étude présentée par Avenir santé environnement a également révélé la présence de pesticides, dont certains interdits, dans les cheveux et urines de 72 enfants de six communes de cette zone, où 15 cas de cancers pédiatriques ont été recensés depuis 2008, entraînant deux décès, selon cette association locale. Elle réclame un « plan de sortie des pesticides de synthèse », dont la Charente-Maritime est le huitième plus gros acheteur en France en 2022, selon un classement établi par une autre association, Générations futures, à partir de données officielles.

Le directeur du Registre général des cancers de Poitou-Charentes, le Dr Thomas Systchenko, et la biostatisticienne Nolwenn Le Stang ont, eux, analysé les cas de cancers chez les enfants, adolescents et jeunes adultes de moins de 24 ans survenus entre 2008 et 2022 en Charente-Maritime pour leur étude exploratoire.

Première étude départementale

« Depuis sept ans, nous finançons des études épidémiologiques sur deux communes présentant des excès de risque de cancers pédiatriques, Périgny et Saint-Rogatien, explique le président du Registre, Jean-Marie Piot. Pour la première fois, nous avons voulu l'étendre à tout le département ».

« À l'échelle de la Charente-Maritime, il n'y a pas d'excès de risque significatif de cancers pédiatriques et chez les adolescents et jeunes adultes mis en évidence », affirme le Dr Thomas Systchenko, qui s'est appuyé sur différentes méthodologies proposées par Santé publique France. Il a ainsi relevé 514 cas de cancers chez les 0-24 ans entre 2008 et 2022 dans le département, contre 522 attendus.

Mais les chiffres sont plus alarmants dans certaines communes. Deux de la plaine d'Aunis, terre de céréaliculture intensive (blé, maïs, oléagineux), « présentent des excès de risque », selon les termes du médecin : Saint-Rogatien, avec sept cancers observés pour 1,8 attendu, et Saint-Vivien (cinq pour 1,1 attendu).

La commune littorale de L'Houmeau s'affiche également en rouge sur la carte, avec cinq cancers observés pour 1,8 attendu, même si la faiblesse des effectifs ne permet pas « de parler d'excès de risque statistiquement significatif » dans ce cas, précise le Dr Systchenko. Un « surrisque » a également été identifié dans des territoires viticoles à l'ouest de Saintes (54 cancers observés pour 29 attendus).

Conclusions attendues fin avril d’une commission nationale

« C'est un scandale sanitaire, dénonce Franck Rinchet-Girollet, porte-parole et fondateur d'Avenir santé environnement, dont le fils de huit ans est en rémission. C'est un vrai cauchemar d'apprendre qu'il y a désormais trois foyers de cancers pédiatriques dans l'agglomération de La Rochelle. » « Encore une fois, ce n'est pas l'État qui finance. À quoi servent l’agence régionale de santé et Santé publique France ? », ajoute-t-il.

Une critique dont se défend l’ARS. « Le Registre général des cancers de Poitou-Charentes est un service du CHU de Poitiers, dont l'ARS finance en grande partie le fonctionnement. Les registres existent car ils sont financés par les fonds de l'État », a répondu Laurent Flament, directeur de la délégation départementale de Charente-Maritime de l'ARS Nouvelle-Aquitaine.

« C'est davantage Santé publique France qui mène des études épidémiologiques, à l'image de l'enquête Albane qui évalue en ce moment à travers un travail poussé la santé de la population française, l'exposition aux substances chimiques et leurs liens avec l'alimentation et l’environnement », précise-t-il.

La Commission nationale du débat public (CNDP) réalise, par ailleurs, une « mission de conseil sur des cas groupés de cancers pédiatriques dans la plaine d'Aunis », sur demande du préfet de Charente-Maritime Brice Blondel. Elle doit rendre ses conclusions avant la fin avril.

Avec AFP

Source : lequotidiendumedecin.fr