Lorsque sonne l'heure d'entrer dans un programme de dépistage organisé du cancer du sein, peu s’alarment si une patiente ne répond pas à la première convocation. Après tout, elle est encore jeune ! Selon une nouvelle étude publiée dans le BMJ, il s'agirait là d'une idée reçue dangereuse : un premier rendez-vous manqué est associé à une moindre observance par la suite et à un risque accru de décès.
En effet, les femmes qui négligent leur premier dépistage par mammographie présentent un risque plus élevé de cancer du sein diagnostiqué à un stade avancé et d’en décéder, d'après un travail mené par l'Institut Karolinska (Suède). Depuis le début des années 1990, les femmes suédoises bénéficient d’un dépistage par mammographie tous les deux ans, entre 40 et 74 ans avec un taux de participation qui fait pâlir d'envie les cancérologues français : 81 % en 2022 (soit pas loin du double des 48,2 % de la France en 2023). Cette forte observance de la part des Suédoises a contribué à la baisse de la mortalité par cancer du sein.
« Malgré cela, une part importante de femmes choisissent de ne pas participer à leur premier examen », précisent les chercheurs qui ont voulu examiner les conséquences à long terme. Dans leur étude, ils ont donc analysé les données du programme suédois, en les croisant avec celles des registres nationaux de santé. Rassemblant ainsi des informations sur près de 433 000 femmes dépistées entre 1991 et 2020, avec un suivi allant jusqu'à 25 ans, ils ont constaté que 32 % des femmes invitées à leur premier dépistage ne s'y sont pas rendues.
Une augmentation de 40 % du risque de décès
Les femmes qui ne se présentaient pas au premier rendez-vous étaient également moins susceptibles de participer aux examens ultérieurs, ce qui a souvent conduit à un diagnostic tardif et à un pronostic moins favorable. Le risque de développer un cancer de stade III était environ 1,5 fois plus élevé que chez les femmes qui se rendaient à leur première convocation, et 3,6 fois plus élevé pour les cancers de stade IV. Au cours des 25 ans de suivi, près de 1 % des femmes qui n'avaient pas répondu à la première convocation sont décédées d'un cancer du sein, contre 0,7 % chez les autres, ce qui représente un risque de mortalité accru de 40 %. Cependant, la proportion totale de femmes ayant développé un cancer du sein était presque la même dans les deux groupes, soit environ 7,7 %.
Selon les chercheurs, ces résultats montrent que l'augmentation de la mortalité est principalement due à la détection tardive plutôt qu'à une augmentation de la prévalence. « Notre étude montre qu'omettre le premier dépistage comporte une augmentation du risque de mortalité similaire à celui imputable aux antécédents familiaux, affirment les chercheurs. Cependant, contrairement aux antécédents familiaux, ce comportement est modifiable. Puisque plus de 30 % des femmes négligent leur premier dépistage, une participation accrue pourrait sauver de nombreuses vies », espèrent-ils.
« Le fait de manquer le premier dépistage par mammographie est un indicateur important du risque de détection tardive et de mortalité accrue, concluent les auteurs. Nos résultats montrent que ce premier refus n'est pas un choix ponctuel, mais marque souvent le début d'un comportement persistant de non-participation aux examens de dépistage. » Ils estiment que ces femmes pourraient faire l'objet d'une attention accrue pour éviter de nouveaux rendez-vous manqués. « Les professionnels de santé peuvent donc intervenir en envoyant des rappels ou en offrant un soutien pour encourager la participation », propose Kamila Czene, professeure au Département d'épidémiologie et de biostatistiques médicales de l'Institut Karolinska et dernière autrice de l'étude.
Huit femmes sur 10 favorables au dépistage dans des unités mobiles
Réaliser le dépistage du cancer du sein dans une unité mobile dans son quartier, tel est le souhait de près de huit femmes sur 10 selon une enquête publiée par la Ligue contre le cancer à l’occasion d’Octobre rose. Une incitation à rendre le programme plus accessible alors que 20 % d’entre elles disent renoncer à leur mammographie en raison d’un examen jugé trop contraignant. La Ligue annonce déployer une flotte de six camionnettes courant 2026.
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