Redouté, l’impact de crise sanitaire sur la prise en charge des cancers fait l’objet d’une première évaluation par l’Institut national du cancer (INCa). Selon les données du Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI), l’activité d’exérèse en oncologie a connu un recul de 17 % entre mars et août 2020 par rapport à la même période en 2019 (151 581 chirurgies en 2020 vs 181 723 en 2019).
Des variations sont observées selon les territoires : d’un recul de 4 % en Corse (792 vs 828) à 36 % en Guyane (62 vs 94). Le cancer de l’œsophage est le plus impacté (- 22 % soit 642 vs 498), tandis que le recul le plus faible concerne les cancers de l’ovaire (- 6 %, soit 3 850 vs 3 633).
Ces données, rappelle l’INCa, sont le résultat de l’« impact considérable » de la crise sanitaire sur l’organisation des services hospitaliers (fermeture massive de blocs opératoires, redéploiement des équipes médicales et paramédicales dans les services de réanimation et limitation de l’exposition des patients non Covid au virus).
Adaptation des pratiques au contexte de crise
Les oncologues ont été amenés à adapter les traitements, après discussion dans le cadre d’une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), et, parfois, à réaliser des « inversions d’étapes » dans le protocole de soins. « Dans certaines formes de cancer du sein, la radiothérapie peut être réalisée avant la chirurgie ; pour le cancer de l’œsophage la radiothérapie et la chimiothérapie peuvent être prescrites avec ou sans chirurgie », indique l’INCa.
La crise a également entraîné l’interruption des campagnes de dépistage organisé, qui n’ont repris qu’en juin. Selon le président de la Ligue contre le cancer, le Pr Axel Kahn, interviewé dans nos colonnes, « seuls 50 à 70 % des diagnostics de cancer ont été faits durant les mois de mars, avril et mai ». Ces retards, non rattrapés pour l’instant, risquent d’entraîner une surmortalité de 2 à 2,5 % dans les années à venir, selon une estimation produite par l’Institut Gustave-Roussy.
Les raisons de ces « non-diagnostics » ne sont « pas clairement identifiées », estime l’INCa, évoquant l’hypothèse d’une part de renoncements aux consultations et d'autre part d’un accès à l’offre réduit. Les « comportements de fuite » sont certainement « majorés par les conséquences de la crise sanitaire », est-il souligné.
Maintien de la prise en charge grâce à la mobilisation des soignants
Pour limiter les effets de la crise, les professionnels de santé ont développé localement des initiatives pour permettre le maintien de la prise en charge. Au Havre, par exemple, « les activités chirurgicales prioritaires, et particulièrement carcinologiques, bénéficient depuis début novembre d’une possibilité de déport sur les établissements privés à hauteur d’une vacation de 10 demi-journées par semaine dans chacune des cliniques », explique le Dr Alain Fuseau, président de la commission médicale et scientifique du Groupe hospitalier du Havre (GHH).
À l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), l’activité chirurgicale a été réorganisée entre établissements et spécialités à partir d’une hiérarchisation commune des cas. « Sur la période allant du 9 au 20 novembre, pour l’activité d’urologie, 36 patients de grade A [les cas les plus urgents, N.D.L.R.], dont 30 relevaient de l’oncologie, ont bénéficié de la chirurgie dans le cadre de cette collaboration (sans tenir compte des urgences). 42 chirurgies ont fait l’objet d’une déprogrammation dans le cadre de la crise sanitaire liée au Covid ; aucun n’était en grade A et un seul figurait en grade B pour un examen de suivi (biopsie de la prostate) », détaille le Pr Éric Lechevallier, urologue et président du conseil de bloc à l'hôpital La Conception (AP-HM).
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