« Les brancardiers rapportaient que le transfert des perfusions ou des pousse-seringues du pied à sérum du patient sur celui de la chaise roulante pouvait être chronophage. En outre, les tubulures risquaient de s’emmêler », explique Jean-Marie Nebbak, responsable du service des brancardiers de l’Institut Gustave-Roussy (IGR). Une réflexion s’est alors engagée avec les services techniques pour imaginer un dispositif avec, comme prérequis, le respect de deux conditions posées par le responsable du secteur électrotechnique : ne pas obstruer la vue du brancardier lors du trajet en fauteuil, et ne pas avoir à soulever le pied à sérum pour le solidariser à la chaise roulante, afin d’éviter tout risque de basculement, donc de chute.
« Différents prototypes ont été testés. L’un d’eux, qui prend la forme d’une pince fixée sous le fauteuil roulant pour y accrocher le pied à perfusion et le stabiliser nous a semblé correspondre à nos attentes. Nous avons alors sollicité le service des statistiques, et en 2017, nous avons élaboré des questionnaires à l’intention des patients, des brancardiers et des paramédicaux, en collaboration avec Damien Drubay, statisticien dans l’établissement », poursuit Jean-Marie Nebbak. L’exploitation des réponses a mis en lumière l’utilité de l’innovation, son absence de dangerosité et sa fiabilité après quelques ajustements. « Au tout début, la pince ne se rétractait pas sous l’assise de la chaise roulante, ce qui risquait d’occasionner des blessures. Ensuite, nous nous sommes assurés que les roulettes des pieds à sérum ne se coinçaient pas entre l’interstice du palier d’étage et la cabine d’ascenseur. Nous avons aussi vérifié la stabilité du dispositif dans les virages », se souvient le responsable.
Une fois ces défauts corrigés, les patients eux-mêmes ont témoigné d’un gain en autonomie dans la mesure où il leur est désormais plus facile de se déplacer sans sollicitation d’une infirmière ou d’une aide-soignante, pour procéder au transfert des perfusions du pied à sérum du patient sur celui de la chaise roulante.
Fort de ces résultats, l’hôpital a déposé un brevet en 2019, avec l’accompagnement de la filiale « Gustave Roussy Transfert », qui a pour mission d’assurer la valorisation des actifs générés par la communauté scientifique et médicale de l’établissement. La filiale a ensuite mené des négociations avec l’entreprise française Acime, l’un des leaders européens de la fabrication de mobilier médical, qui ont abouti à la signature d’un partenariat et la production industrielle des premiers prototypes.
Des gains objectivés
Le dispositif, opérationnel depuis le mois de septembre 2025, a révélé de nombreux atouts. « Lorsque les essais avaient été menés avec les brancardiers et les patients, les uns et les autres avaient rapporté un gain de temps durant les transports. Ce retour a été très précieux car, en 2006, dans le cadre d’études que nous avions menées sur les douleurs, les patients rapportaient que l’un des facteurs de risque était l’attente du brancardier », indique Jean-Marie Nebbak. Si des améliorations ont été mises en place dès cette date, l’invention initiée par les soignants représentera sans nul doute une avancée majeure, que devraient confirmer les résultats d’une nouvelle étude : « en juillet 2025, nous avons lancé « Predopti » — pour prévention des douleurs provoquées par le transport interne — afin de mesurer la durée des trajets en alternant la connexion du pied à sérum sur la chaise roulante et le transfert manuel des perfusions. Noémie Simon-Tillaux, du bureau de biostatistique et d’épidémiologie, va s’attacher à exploiter les résultats et objectiver les gains de temps ». Cet essai, particulièrement rigoureux, a été mené sous l’égide de la commission de recherche paramédicale de Gustave-Roussy, en collaboration avec la direction de la recherche clinique.
L’enjeu des résultats est majeur, au regard des 470 courses quotidiennes, un tiers étant effectuées en chaise roulante (les autres modes de transport sont le déplacement à pied dans le cadre du projet « Patients debout au bloc opératoire », le brancard et le lit). « Diminuer le temps d’attente du brancardier et réduire la durée du transport nous permet d’être plus respectueux des horaires de rendez-vous des patients et de prévenir leurs douleurs provoquées par le transport interne », conclut Jean-Marie Nebbak.
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