« LE SPECTRE du cancer cérébral radio-induit vient enfin de tomber, commente pour « le Quotidien » le Pr Jean Régis, chef de l’unité radiochirurgie de l’hôpital de la Timone à Marseille, et organisateur du 10e congrès de la Société internationale de radiochirurgie stéréotaxique (ISRS) ayant eu lieu la semaine dernière à Paris. Les résultats de l’équipe de Sheffield confirment ce que nous observons depuis l’ouverture de notre service à la Timone, le premier centre en France, il y a presque 20 ans maintenant. Contrairement à la radiothérapie, la radiochirurgie n’expose pas au risque de cancer cérébral radio-induit. Nous allons pouvoir travailler l’esprit tranquille. Sans arrière-pensée ». Ce sont de solides preuves très attendues qu’apporte enfin l’étude britannique après un suivi de 25 ans d’une cohorte de 8 000 patients traités par radiochirurgie.
L’information est capitale. Alors que la radiochirurgie est proposée le plus souvent à des sujets jeunes ayant une tumeur bénigne, le risque hypothétique de cancer cérébral suite à l’exposition aux radiations ionisantes apportait une ombre à la décision d’intervenir. « La radiothérapie donne dans 2 % des cas des cancers induits à 10-15 ans, explique le Pr Régis. C’est ce qui explique la grande prudence vis-à-vis de la radiochirurgie. Cette technique non invasive permet pourtant de s’affranchir des risques liés à la chirurgie classique, en particulier hémorragique. Alors que le risque de décès est de 1 % dans les suites d’une intervention neurochirurgicale, il est quasi nul pour la radiochirurgie ».
Sujets jeunes
La technique est indiquée dans les tumeurs bénignes, comme les méningiomes et les neurinomes de l’acoustique, certaines pathologies fonctionnelles, comme l’épilepsie, les tremblements essentiels et les névralgies faciales, ou encore les malformations artério-veineuses. « Depuis une dizaine d’années, la radiochirurgie est également utilisée dans les métastases cérébrales, ajoute le spécialiste. Les métastases cérébrales ne sont plus synonymes d’un virage dans le pronostic. La qualité de vie est nettement améliorée, sans perte de cheveux, ni détérioration cognitive comme c’est le cas avec la radiothérapie ».
La radiochirurgie consiste à utiliser de façon très ciblée des faisceaux étroits convergents. « L’imagerie nous aide à adapter la dosimétrie selon la topographie des structures à risque », détaille le Pr Régis. Le risque principal de la technique est l’atteinte des structures de voisinage. « Il faut néanmoins bien avoir à l’esprit, que par exemple pour le neurinome de l’acoustique, le risque de perdre l’audition est de 100 % avec la chirurgie classique et de 30 % avec la radiochirurgie ».
La radiochirurgie est en constante évolution depuis une trentaine d’années. « Gamma Knife est le système le plus abouti, totalement robotisé depuis 4-5 ans », détaille le Pr Régis. Le service de l’hôpital de la Timone en possède deux. Il en existe quatre en France, les deux autres étant à Paris (hôpital de la Pitié-Salpêtrière) et à Lille. « Les résultats britanniques vont encourager le développement de la technique, conclut le radio-chirurgien. Plus de 10 000 patients ont été traités dans notre service depuis son ouverture ». Sur les 1 600 interventions neurochirurgicales à Marseille, environ la moitié est actuellement réalisée par radiochirurgie à l’aide de la technique Gamma Knife.
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