PAR LE Pr JÉRÔME GAROT*
LES PATHOLOGIES cardio-vasculaires représentent la deuxième cause de mortalité en France juste derrière le cancer. Au cours de la dernière décennie, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) a pris une place de plus en plus importante, en Europe et dans le monde, dans la prise en charge diagnostique et pronostique des malades souffrant de pathologies cardio-vasculaires. Elle est aujourd’hui devenue incontournable, avec un nombre croissant d’indications cardiologiques à visée diagnostique et pronostique. Ainsi, récemment ont été rapportées les données de la phase pilote d’un registre européen (20 centres, 11 040 patients consécutifs) sur la pratique de l’IRM cardiaque en routine clinique (1). Trois grandes indications se dégagent : ce sont l’évaluation des cardiomyopathies pour 32 %, la stratification du risque ischémique par l’IRM de stress pour 31 % et l’analyse de la viabilité myocardique pour 15 %. La qualité d’images est bonne dans plus de 90 % des examens. Dans deux tiers des cas, les résultats de l’IRM ont un impact direct sur la prise en charge des patients. À l’issue de l’IRM, le diagnostic final est totalement différent du diagnostic initial suspecté dans 16 % des cas, menant à un changement total de prise en charge. Dans 86 % des cas, l’IRM peut répondre à toutes les questions cliniques posées, sans aucune irradiation pour le patient.
Un service d’IRM cardio-vasculaire s’organise autour d’un plateau technique dédié, nécessitant certaines adaptations, notamment avec des box de soins pour l’IRM de stress, équipés d’une surveillance continue (électrocardiogramme, pression artérielle, saturation artérielle en oxygène) et de fluides médicaux. Les personnels sont formés à l’imagerie cardio-vasculaire et à l’IRM et les médecins à la maîtrise des actes techniques, mais aussi à la prise en charge adaptée d’éventuelles complications cardio-vasculaires (drogues, matériel de ressuscitation). Une telle unité existe à l’hôpital Jacques-Cartier de Massy, où 3 650 examens d’IRM cardiaque ont été réalisés au cours des dix derniers mois. Les patients sont adressés par des cardiologues référents après un examen spécialisé et les indications se répartissent ainsi : deux tiers d’IRM de stress, 15 % d’examens destinés à évaluer la viabilité, 15 % pour des cardiomyopathies (cardiomyopathie dilatée primitive, myocardite, cardiomyopathie hypertrophique, amylose, dysplasie arythmogène, etc.).
La France est en retard.
Les pathologies cardio-vasculaires exercent un poids considérable sur la santé publique et la morbimortalité en France. Pour une dépense rationnelle de l’argent public, il est logique de favoriser l’accès des patients souffrant de pathologies cardiaques aux installations d’équipement lourd. En Europe, la France est en retard dans le développement de l’IRM cardiaque. Sans même parler des États-Unis, il existe en Espagne quatre IRM cardiaques dédiées dans la seule ville de Barcelone. Il y a de même plusieurs IRM cardio-vasculaires à Berlin, à Londres, aux Pays-Bas, en Suisse…
À titre d’exemple, il est incontestable que l’IRM constitue une méthode de référence pour l’évaluation de la viabilité myocardique. Cette analyse permet de mettre en œuvre le meilleur traitement et de réduire ainsi la mortalité cardio-vasculaire. De même, l’IRM de stress procure une stratification précise du risque cardio-vasculaire, permettant non seulement de réduire le nombre d’examens invasifs inutiles, mais aussi de réserver la revascularisation coronaire aux seuls patients qui en tireront bénéfice.
*Service d’IRM cardio-vasculaire, institut cardiovasculaire Paris Sud, hôpital privé Jacques-Cartier, Massy.
(1) Bruder O, et al. EuroCMR Registry. J Am Coll Cardiol 2009;54:1457-66.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024