Sur quoi reposent les conflits au cours d’une opération chirurgicale ? La question aurait pu être explorée par un sociologue. C’est un primatologue mondialement reconnu qui y répond aujourd’hui. Frans de Waal et son équipe de l’université Emory d’Atlanta ont utilisé la méthodologie employée dans l’étude des primates pour comprendre les relations au sein d'un bloc opératoire. Il en ressort que ce sont principalement le niveau hiérarchique et le genre des participants qui affectent les relations au cours d’une intervention.
« Toutes sortes de comportements peuvent influencer la coopération au sein de l’équipe chirurgicale : plaisanteries, ragots, échanges professionnels, enseignement, flirt et même danse car l’opération se déroule parfois en musique, note Laura Jones, premier auteur de cette étude parue dans PNAS. Nous avions besoin d’une méthodologie qui permette de prendre en compte tous ces comportements. » D’où le recours à l’éthologie, une science qui, à la fin des années 1980, a permis à Frans de Waal de mettre en évidence les capacités de réconciliation des grands singes après une interaction conflictuelle.
200 opérations et 400 chirurgiens
Point de bonobos cette fois. Entre 2014 et 2016, l’équipe a observé 200 opérations dans trois hôpitaux américains, impliquant 400 chirurgiens, internes, anesthésistes, infirmiers et techniciens. Le sexe des participants, leur âge et leur niveau hiérarchique ont été notés. Près de 6 400 interactions ont été enregistrées avec leur conséquence en termes de conflit ou de coopération. Plus d’une opération sur trois s’est révélée être le tableau d’un conflit.
Résultat, la source la plus fréquente de communication au cours d’une opération est, sans surprise, le chirurgien qui s’est aussi révélé être… la source la plus fréquente d’altercations (67,4 % des cas). Ce dernier est la personne clé dans la question du conflit en salle d’opération. D’une part, quatre altercations sur cinq ont pour origine un supérieur et pour destinataire un subalterne. D’autre part, le sexe du chirurgien a son importance : la coopération est statistiquement meilleure lorsque ce dernier est un homme accompagné d’une équipe majoritairement féminine ou lorsqu’une chirurgienne opère au sein d’une équipe plutôt masculine.
Enfin, les scientifiques observent une augmentation de la probabilité de conflits avec le nombre d’hommes dans la salle d’opération. Une conclusion qui n’étonne pas les primatologues. « Ces résultats sont dans la droite ligne de la compétition observée chez les groupes de primates de même sexe », écrit Laura Jones qui préconise, lorsqu’on cherche à améliorer la coopération en salle d’opération, de « garder à l’esprit notre longue évolution de primate social ».
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