Ce sont des visages que l’on n’ose regarder mais que les enfants observent sans retenue. Ces « gueules cassées » d’hier et d’aujourd’hui sont exposées jusqu’au 14 décembre, en grand format, dans la Chapelle Saint Louis de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris, près du service de chirurgie maxillo-faciale où elles sont soignées et reconstruites. Ces portraits nous invitent à changer de regard sur ces visages qui se cachent plus souvent qu’ils ne se montrent.
« Passer inaperçu »
« Le désir de nos patients n’est pas d’être beau, mais surtout de passer inaperçu » raconte le Pr Chloé Bertolus, chirurgienne maxillo-faciale à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (AP-HP), à l’occasion d'une table ronde autour de l’exposition « Re-Figuration ». « Beaucoup de nos patients se cachent », confirme le Pr Patrick Goudot, chef du même service de chirurgie maxillo-faciale. Ces deux professionnels sont des personnages du récit de Philippe Lançon, journaliste et rescapé des attentats de Charlie Hebdo en 2015, où il a perdu la partie inférieure droite de son visage. Dans son livre « Le lambeau », deux fois primé, il retrace son parcours de reconstruction. « La chance que j’ai eue est multiple, témoigne-t-il. Ma blessure signifiait l’attentat, avec un aspect symbolique, politique, qui inspirait une compassion immédiate. Deuxième chance, mon entourage m’a peu fait sentir ce regard sur la défiguration. Et surtout, j’ai décidé d’ignorer ces regards ».
Pour le documentariste Didier Cros, qui a donné la parole à cinq défigurés dans son film « La Disgrâce », les gueules cassées « ne se sentent pas comme défigurés, mais cela revient dans le regard des autres et provoque une blessure morale » a-t-il constaté. « Dans notre société d’apparence, la défiguration amène l’idée de laideur morale. Certains ne sortent pas de chez eux. Ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ignorent les regards ». La défiguration reste ainsi difficile à montrer, à assumer et suscite la gêne, parfois la peur.
Restaurer la forme et la fonction
« Pour les poilus, on trouvait une forme d’héroïsme associée à la blessure. Ce n’est pas le cas pour les patients atteints d’un cancer, analyse le Pr Goudot. Les cancers de la cavité buccale ne sont pas tous liés au tabac ou à l’alcool, mais dans le regard de l’autre, le cancer est une punition ». Pour le Pr Bernard Devauchelle, chef du service de chirurgie maxillo-faciale et de stomatologie du CHU d’Amiens, auteur de la première greffe de la face sur Isabelle Dinoire en 2005, il y a urgence à changer de regard. « Contrairement au Royaume-Uni où plusieurs organisations de patients représentent les défigurés, il n’existe en France qu’une association, les gueules cassées, créée après la première guerre mondiale » rappelle-t-il.
La chirurgie maxillo-faciale a pourtant réalisé d’énormes progrès depuis son émergence dans les suites de la Grande guerre. Pour les quelques 1 100 spécialistes français de la discipline, l’enjeu est de « réparer la forme et aussi les fonctions : respirer, parler, s’alimenter… » souligne le Pr Devauchelle. « La difficulté est également de restaurer un mouvement, mais un mouvement qui veut dire quelque chose, et de permettre aux patients de retrouver des sensations, comme reconnaître ses lèvres avec sa langue ». Ce parcours de restauration est long. Plus de trois ans après les attentats, Philippe Lançon s’exerce encore au quotidien : « les exercices devant le miroir sont devenus un rituel. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, il se passe quelque chose » explique-t-il.
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