La désorganisation des urgences et de la permanence des soins est la conséquence de mauvaises décisions qui depuis 20 ans étouffent la médecine de ville. Le nombre d'urgences hospitalières a doublé en l'espace de dix ans, en partie à cause de la désertification médicale de la ville et de la fermeture de nombre de cliniques privées. Les passages aux urgences hospitalières ont dépassé le chiffre de 21 millions par an. Le coût moyen par urgence est d'environ 250 euros selon la Cour des Comptes.
Les urgences sont devenues le monopole des… urgentistes, ce qui entraîne parfois de longs retards dans l'appel du chirurgien. Des catastrophes sont à la clef, tant en traumatologie qu'en chirurgie viscérale. Ces médecins urgentistes polyvalents sont parfois diplômés dans cette spécialité mais ils sont rarement qualifiés en traumatologie ou en pathologie abdominale.
Dans une autre vie, le chirurgien libéral (...) prenait en charge directement ces urgences sur simple appel téléphonique. Les cliniques privées non agréées ne peuvent pas être rémunérées pour cette prise en charge. Les patients s'adressent alors à l'hôpital où les soins sont gratuits avec le tiers-payant.
Les praticiens libéraux, pour assurer les urgences dans le privé devront s’engager à pratiquer des tarifs sans complément d'honoraires pour tous les autres patients, ce qui n’est pas acceptable. Qui dans ces conditions demain acceptera d’assurer les gardes de chirurgie? (...)
La réorganisation de l'hôpital n'a rien prévu dans le domaine de l'urgence. La garde lourde dans les ultras spécialités comme la neurochirurgie et la chirurgie polyvalente doit pouvoir accueillir les grands traumatismes et les drames civils. Comme les centres de SOS mains, elle devra se développer avec un centre par bassin de vie.
Mettre en place des "traumas centers"
Beaucoup de nos CHU seraient dans l'incapacité de prendre en charge un afflux d'urgences en cas de catastrophe, faute de volonté organisationnelle. Dans un grand centre, la garde nécessite un minimum de dix chirurgiens : quatre viscéraux, quatre orthopédistes, un vasculaire et un urologue. On ne compte plus le nombre de transferts vers le privé, faute d'équipes disponibles.
Centraliser les urgences lourdes nécessiterait de regrouper dans une unité de lieu, des lits disponibles, des plateaux techniques et des équipes pour la réalisation de scanners, la surveillance de la réanimation et le traitement chirurgical éventuel. De tels centres de traumatologie, les 'traumas centers' pourraient s'inspirer de l'expérience des États-Unis, des Pays-Bas et de l'Allemagne. (...) Le « trauma système » de Grenoble et des Alpes du Nord a démontré son efficacité avec une baisse de moitié de la mortalité dans les accidents graves. En région parisienne, l'Assistance Publique a défini un centre de référence pour l'accueil des urgences traumatologiques vitales par groupements hospitaliers universitaires (GHU). Hors région parisienne, seules les capitales régionales disposent d'un tel équivalent, mais, hélas, l'unité de lieu pour gérer ces patients n'est pas toujours respectée.
Développer la chirurgie ambulatoire
La chirurgie ambulatoire aurait toute sa place pour les urgences chirurgicales. La France a commencé à rattraper son retard avec un taux moyen de 44%. (...) Largement développée en clinique, elle est pourtant en retard à l'hôpital. De lourds investissements en restructuration et en personnels de pointe seront nécessaires; ils devraient entraîner à terme la fermeture de 40% des lits de chirurgie. (...)
La médecine et la chirurgie privées pourraient jouer un rôle fondamental pour participer à la formation des internes à cette chirurgie (...) Mais le privé n'a pas pour fonction ni vocation d'enseigner aux internes.
Tout le système est à reprendre, depuis la formation des médecins et des chirurgiens jusqu'aux normes.
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