ON AVAIT JUSQU’À PRÉSENT l’habitude de dire qu’un dermatologue avait deux yeux : l’examen clinique et la biopsie cutanée. Le microscope confocal pourrait bien lui apporter un troisième œil, une dizaine de systèmes sont déjà installés dans les CHU en France.
Avec le microscope confocal, c’est comme une biopsie virtuelle.
« Le microscope confocal, grossit sept cents fois ! Il permet donc d’obtenir une imagerie cutanée très fine, avec une très bonne visibilité des cellules, explique le Pr Bahadoran. Premier avantage, l’examen est non invasif puisque le microscope est posé directement sur la peau du patient et il a lieu en temps réel, donc pendant une consultation (Fig. 1). Deuxième avantage, l’image analysée peut porter sur une surface allant jusqu’à huit millimètres sur huit, ce qui est vraiment intéressant. En outre, puisque l’examen n’est pas invasif (le laser utilisé dans la caméra est sans danger car de très faible puissance), il est possible de le faire en plusieurs endroits de la peau ou au même endroit à plusieurs temps successifs dans le cadre d’un suivi. C’est donc un examen particulièrement intéressant quand il y a besoin de répéter une analyse dans l’espace et dans le temps (alors qu’on ne peut pas multiplier aussi facilement les biopsies). Les images obtenues sont comme des coupes histologiques virtuelles de la couche cornée jusqu’au derme superficiel (pas au-delà), qui, contrairement à la biopsie classique, ne sont pas des coupes verticales mais horizontales (donc on voit les cellules « à plat »). Une formation spécifique est donc requise pour interpréter les images, qui est délivrée par la Société française de dermatologie, au sein de son groupe Imagerie cutanée non invasive ».
Des résultats prometteurs.
« Avec une sensibilité et une spécificité de l’ordre de 90 % dans le diagnostic des mélanomes, la microscopie confocale est en tout premier lieu très utile pour le diagnostic précoce des tumeurs mélaniques. Les cellules cancéreuses ont souvent un aspect si particulier que le diagnostic de mélanome peut être fait très rapidement à l’écran (Fig. 2), conduisant sans hésitation à une exérèse immédiate. À l’inverse, devant un nævus douteux, l’absence de toute anomalie en microscopie confocale peut permettre d’éviter une exérèse inutile, à condition bien entendu de mettre en place une surveillance, le microscope confocal ayant ses limites », poursuit le Pr Bahadoran.
Même si le meilleur agent de contraste, en microscopie confocale, est la mélanine, le mélanome n’est pas le seul cancer de la peau qui pourrait en bénéficier. Les carcinomes baso- et spinocellulaires et les kératoses actiniques ont également des critères diagnostiques spécifiques.
Des études sont en cours dans d’autres domaines comme les pathologies inflammatoires (lupus, psoriasis, eczéma), parasitaires (gale), mycosiques, pigmentaires (vitiligo, mélasma) et les pathologies de surcharge (xanthogranulomes). « Enfin, la détermination d’une cartographie de la tumeur, très utile lorsqu’on envisage un traitement chirurgical, ainsi que le suivi de l’évolution après traitement topique de certaines tumeurs cutanées, est encore des indications où la microscopie confocale pourrait rendre de grands services à l’avenir », conclut le Pr Bahadoran.
D’après un entretien avec le Pr Philippe Bahadoran, service de dermatologie du CHU de Nice (Pr Lacour), membre du groupe d’Imagerie cutanée non invasive (ICNI) de la Société française de dermatologie.
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