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Maladie de Verneuil : diagnostic et traitement

Publié le 10/03/2016
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VERNEUIL

VERNEUIL
Crédit photo : BSIP

Les questions à se poser

Devant une (ou plusieurs) lésion cutanée des grands plis d’allure inflammatoire, sachons évoquer la maladie de Verneuil, dont la prévalence en France est estimée à 1 %.

• Est-ce une maladie de Verneuil ?

En faveur de ce diagnostic :

- les éléments d’interrogatoire

Début fréquent après la puberté rarement dans l’enfance (souvent précédée d’un kyste pilonidal), notion de nodules récidivants, facteurs favorisants environnementaux (obésité, tabac), histoire familiale d’abcès récidivants (30 % des cas).

- le terrain

Femme jeune, en surpoids et fumeuse ++, cependant les deux sexes peuvent être atteints.

- le type de lésions

Nodule (s) centimétrique d’allure inflammatoire (rouge, violacé, dur, très douloureux) qui contraste avec l’absence de ganglion. Le nodule peut se fistuliser à la peau, s’infecter et laisser sourdre un écoulement qui peut être purulent et malodorant. La guérison est difficile et laisse une cicatrice.

- la localisation aux grands plis

Dans les deux sexes : aisselles, région inguino-périnéale.

Chez la femme : plis inter-mammaire et sous-mammaires.

Chez l’homme : région périanale et fessière.

Autres localisations, plus rares possibles : nuque, région péri-ombilicale, péri-aréolaire ou rétro-auriculaire.

- la notion de lésions récurrentes

Le diagnostic différentiel se pose avec une bartholinite chez la femme et la furonculose.

 

• Quelle en est la sévérité ?

La classification de Hurley distingue 3 stades, mais le passage de l’un à l’autre est rare (le terme de grade conviendrait mieux).

• stade 1 : un ou plusieurs nodules ou abcès, sans fistule ni cicatrisation hypertrophique (environ 80 % des patients)

• stade 2 : nodules fistulisés et suppurants avec espaces de peau saine entre lésions d’une même région (près de 20 % des patients)

• stade 3 : pas d’espaces de peau saine entre lésions d’une même région, inflammation importante de la région (1 % des patients).

Ces grades définissent la sévérité de l’atteinte d’une zone pas la sévérité globale pour le patient.

Ce qu’il faut faire

• Rechercher un diabète de type 2, des troubles digestifs ou des arthralgies (association possible à une maladie de Crohn, une SpA, un SAPHO).

• Traiter :

- L’amaigrissement (régime prescrit par un diététicien) et l’équilibration d’un diabète sont recommandés. Ils peuvent améliorer la symptomatologie.

- Au stade 1 : le traitement d’une poussée repose sur l’augmentin® 3g/j pendant 3 à 4 semaines. Un traitement abortif pris avant la poussée du nodule (augmentin® 3g/j pendant 5 jours) peut éviter le recours au traitement classique si le patient connaît les prodromes. L’examen microbiologique n’est pas nécessaire.

- Aux stades 2 et 3 : passer la main au dermatologue. Le traitement repose sur l’antibiothérapie et la chirurgie d’exérèse large. En cas d’échec des traitements conventionnels, un anti-TNFα peut se discuter. L’adalimumab (Humira®) a dans cette indication l’AMM depuis 2015.

Ce qu’il faut retenir

• C’est une maladie chronique : les traitements doivent être continus et non au coup par coup (sauf pour les formes intermittentes modérées).

• Un même niveau de gravité est généralement observé pendant toute l’évolution.

D’après un entretien avec le Pr Jean Revuz, dermatologue, Paris

Dr S. P.

Source : Le Quotidien du médecin: 9478