LE SYNDROME de l’intestin irritable (SII) est le plus fréquent des troubles fonctionnels intestinaux et il affecte principalement la femme (sex-ratio : 2/1). La prévalence du SII dans la population générale se situe aux alentours de 10 à 12 % avec les critères de définition actuels. Il se caractérise par une symptomatologie dominée par une douleur ou un inconfort chronique de l’abdomen, associé à des troubles du transit (constipation, diarrhée ou alternance des deux) se majorant lors des poussées douloureuses. S’il n’engage pas le pronostic vital, le SII altère significativement et de façon chronique la qualité de vie. Des progrès récents sont intervenus dans la compréhension de sa physiopathologie.
« Le SII ne se limite plus aujourd’hui à un simple trouble moteur digestif. Il s’agit d’une pathologie multifactorielle impliquant aussi, à des degrés divers, une hypersensibilité viscérale, des facteurs psychologiques… Et il existe des arguments de plus en plus forts pour envisager un rôle de la microflore intestinale, en particulier dans la sensibilisation des terminaisons sensitives et l’activation des cellules immunitaires de la paroi digestive», explique le Pr Philippe Ducrotté.
Des différences dans la composition de la flore.
Des changements qualitatifs et quantitatifs dans la composition de la flore intestinale ont en effet été observées. Un travail finlandais (1) a analysé la flore bactérienne fécale de patients SII répondant aux critères de Rome II et n’ayant pas pris d’antibiotiques. La flore était différente chez les patients SII par rapport aux témoins sains, avec une nette diminution des lactobacilles et des Collinsella. « Ce rôle potentiel de la flore ouvre des perspectives thérapeutiques avec un recours possible aux antibiotiques, aux prébiotiques, mais surtout aux probiotiques pour lesquels, dans cette indication, les résultats obtenus sont encourageants » ajoute le Pr Ducrotté.
Les probiotiques ont montré des effets sur la flore intestinale, sur la perméabilité de la muqueuse intestinale (renforcement de l’effet barrière par compétition avec les pathogènes et stimulation de la production de mucus), sur la composante inflammatoire, sur les mécanismes immunologiques…
Toutes ces actions laissent à penser un effet bénéfique sur le syndrome de l’intestin irritable.
De nombreuses études ont été conduites depuis une dizaine d’années, mais beaucoup comportent des faiblesses méthodologiques. "Globalement, il ressort d’une méta-analyse que les patients SII qui sont sous placebo ont 25 % de plus de risque de garder leurs symptômes que ceux qui sont sous probiotiques » explique le Pr Philippe Ducrotté. « Mais il reste encore à bien définir les souches concernées, la durée de traitement, les doses, les combinaisons possibles… Par ailleurs, les probiotiques sont-ils plutôt efficaces en cas de constipation, de diarrhée ou dans les deux cas ? On ne sait pas. Beaucoup d’études ont toutefois concerné les patients diarrhéiques. C’est une piste intéressante d’autant que la tolérance est très bonne. Les probiotiques ne posent pas de problème de sécurité ». Ils pourraient être utilisés en quelque sorte comme un traitement de fond.
Des résultats encourageants.
Parmi les études ayant une méthodologie correcte, l’une a ainsi été montré que l’administration d’un lait fermenté contenant du Bifidobacterium animalis DN-173010 améliorait davantage qu’un simple yoghourt utilisé comme contrôle, les symptômes de 274 adultes souffrant de SII avec prédominance de constipation (Guyonnet 2007).Deux autres études randomisées, contrôlées, en double aveugle (Niedzielin 2001, Noback 2000), ont évalué l’efficacité de Lactobacillus plantarum 299v.Il a été constaté une réduction de l’inconfort intestinal, une diminution des flatulences et des ballonnements, une régulation du transit et une amélioration de la fonction gastro-intestinale. Un autre travail (Whorwell 2006) a montré l’efficacité de Bifidobacterium infantis 35 624 chez 360 femmes atteintes de SII.
« Nous sommes actuellement au début d’une histoire. Il y a de plus en plus d’arguments d’efficacité. Cependant, il faut continuer les études et, en particulier, vérifier que le bénéfice obtenu avec une souche se confirme dans d’autres essais. Il est nécessaire d’avoir plusieurs résultats concordants… » précise le Pr Ducrotté. Pour le moment, la variété des probiotiques utilisés à dose variable, pendant des durées différentes, ne permet pas de faire des recommandations précises pour la pratique.
D’après un entretien avec le Pr Philippe Ducrotté, CHU de Rouen.
(1) Kassinen A et al. Gastroenterology 2007 ; 133: 24- 33.
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