IL EXISTE de nombreux systèmes d’information en imagerie. Le système d’information hospitalier (SIH) permet d’accéder aux dossiers des patients. Chaque hôpital est équipé de son système, mais il n’existe pas de format d’échange reconnu pour transmettre un dossier patient entre les hôpitaux ou les systèmes de santé. Cela vient du fait que lorsqu’un hôpital choisit un système d’information, c’est pour une longue période de plusieurs années, et que tous les industriels proposant ces types de produits ne sont pas aussi réactifs les uns que les autres pour implémenter les nouveaux standards et les nouvelles avancées techniques qui se développent ensuite.
À côté du SIH, les radiologues ont également à disposition d’autres systèmes d’information : le plus important est le Système d’Information Radiologique (également appelé SIR ou RIS – de l’anglais-). Ce dernier est étroitement relié au SIH et permet notamment de consulter la liste des patients arrivés, une information utile en radiologie (par exemple, un antécédent d’allergie), de facturer l’examen, de dicter et d’envoyer en retour aux cliniciens les comptes rendus. Dans le SIR, on retrouve l’historique des examens passés par le patient dans le service, et il est même possible d’accéder aux images, si l’établissement est équipé d’un système d’archivage et de partage des images (« SAPI », mais plus communément désigné « PACS »). Il s’agit là d’un autre système d’information. « Les interfaces de communication entre RIS et PACS fonctionnent bien, notamment parce qu’il existe des normes sur lesquelles les industriels se sont mis d’accord durant le développement des systèmes. Enfin, on a récemment vu se développer la « téléradiologie » permettant aux médecins de s’envoyer des examens de PACS à PACS grâce – entre autres - à cette standardisation. Cependant, malgré de récents efforts, la France accuse toujours un certain retard au niveau des équipements en PACS par rapport à nos voisins européens », rappelle le Dr Puech.
Une communication difficile entre les différents systèmes.
Entre SIH, RIS et PACS, les interfaces sont donc « bien rodées ». Mais bien d’autres systèmes d’information sont apparus, comme les serveurs d’annuaires des médecins, les serveurs d’identification des patients (qui sont variables d’un hôpital à l’autre), les serveurs de facturation, les serveurs de prescription ou de demande numérique (à connecter aux agendas des salles de radiologie, des médecins affectés aux examens, etc.)... «En fait, ces systèmes d’informations sont très nombreux et le souci est que la communication entre ces systèmes est trop souvent difficile. En effet, chacun de ces systèmes coûte très cher et les fonctionnalités disponibles dépendent d’un cahier des charges établi avant utilisation (ce qui n’a pas été initialement prévu ne peut pas toujours être réalisé ensuite). Il existe bien des normes au niveau international pour connecter ces systèmes d’information entre eux, mais il existe tellement d’acteurs que l’implémentation de ces normes reste très difficile dans la pratique. Par exemple, si un premier industriel implémente un système d’information « A » intégrant une norme X, et que deux ans plus tard on essaye d’y connecter un autre système d’information « B » se prévalant de la même norme X, mais dont les messages ont évolué, il n’est pas sûr que la communication puisse se faire sans erreur, car le système d’information A peut ne pas reconnaître les messages du B, même si, sur le papier, les systèmes répondent à la même norme X, et que les deux industriels ont travaillé avec le plus grand soin. C’est un problème d’interopérabilité typique de ce que nous rencontrons au quotidien. C’est un peu comme les problèmes de compatibilité de fichiers que l’on rencontrait avant sur nos ordinateurs », souligne le Dr Puech.
Seules réelles avancés dans ce casse-tête informatique : d’une part le développement d’initiatives coordonnées pour définir des profils d’interopérabilité des systèmes d’information (InteropSanté – IHE en France, relayée par IHE Europe et IHE international) ; d’autre part, la volonté concomitante des pouvoirs publics de mettre en place le Dossier Médical Personnalisé (DMP) qui a sensibilisé les organisations de soins sur l’importance des systèmes d’information et de la nécessité de les faire communiquer entre eux avec des standards communs. « La promotion de l’interopérabilité par les pouvoirs publics doit maintenant passer à la vitesse supérieure, car aujourd’hui, si un hôpital fait un appel d’offres, l’interopérabilité fait certes partie des critères pris en compte, mais elle n’est ni obligatoire, ni testée, ni réglementée sur le long terme. Il faut aussi penser à la compatibilité avec le futur DMP. Ce ne sont pas uniquement les bonnes volontés individuelles qui pourront y pallier », insiste le Dr Puech.
Pas d’avancée possible sans cadre réglementaire.
Aujourd’hui, l’interopérabilité repose donc sur la seule bonne volonté des industriels, car il n’y a pas de cadre réglementaire. « Il s’agit pourtant d’un véritable problème de santé publique : par exemple, jusqu’à très récemment, on ne pouvait pas stocker sur nos systèmes d’information la dose de rayons X à laquelle les patients étaient exposés (elle était juste imprimée sur le compte rendu), faute d’interopérabilité. Après quelques accidents médiatisés, des changements – à l’initiative des radiologues – ont été menés : il a notamment été demandé aux industriels de définir une norme commune pour stocker, se transmettre par réseau et archiver les informations de dose, au même titre qu’il existe déjà une possibilité d’archivage des images. Quand on a un système d’archivage des images connecté à un RIS, on doit alors pouvoir obtenir la liste de tous les examens avec l’exposition aux rayons X pour son patient. Mais dans la pratique, les centres où cela est disponible aujourd’hui sont encore rares. Il en serait autrement si une nouvelle réglementation imposait d’archiver toute exposition aux rayons X dans le dossier du patient », conclut le Dr Puech. La balle est donc dans le camp des pouvoirs publics.
*D’après un entretien avec le Dr Philippe Puech, radiologue au CHRU de Lille membre du groupe SFR 4i, et représentant la Société Française de Radiologie dans IHE.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024