LES SITUATIONS DE HARCÈLEMENT moral au travail sont à l’évidence plus nombreuses, à la mesure du souci croissant de compétitivité… Il consiste en une violence insidieuse infligée de façon durable et répétitive, souvent pratiquée sans témoin, parfois sujette à double interprétation, l’agression résultant de la somme de ces microtraumatismes, de différentes natures : isolement et refus de communication, objectifs irréalisables, limitation de l’accès aux outils de travail, atteintes à la dignité, violence verbale ou physique. Le harcèlement peut être vertical ascendant ou plus volontiers descendant, horizontal ou externe. Un lien explicite, en droit français, a été établi entre l’organisation du travail, le harcèlement moral et les risques pour la santé, physique et/ou mentale.
Au tout début, quand la personne harcelée se débat entre la négation du problème et son incrédulité, les symptômes ne sont pas différents d’un commencement de burn-out, anxiété, irritabilité, troubles du sommeil, fatigue, ruminations anxieuses, etc. Progressivement acculée, elle ne comprend pas (ce qui la rend malade), se remet en question, culpabilise, cherche à se justifier (à la différence de ceux qui allèguent faussement d’un harcèlement moral). À la clé, des troubles digestifs, cardiaques, des maladies de peau, des dépressions, voire des bouffées délirantes, etc. Et ces troubles ne s’amendent pas en cas d’éloignement du contexte professionnel, d’autant que les agressions vécues sur le lieu de travail peuvent faire écho à des incidents de la sphère privée.
Souffrance au travail.
Un traitement symptomatique par des anxiolytiques, des hypnotiques, des antalgiques, etc., ne suffit pas à régler la question, loin de là…Le médecin généraliste doit interroger, écouter les plaintes, en mesurer la gravité et imposer un arrêt de travail si manifestement le patient est à bout de ressources, en rassurant sur le risque de stigmatisation : c’est en restant à son poste qu’épuisé, il peut se mettre en faute. Le motif de l’arrêt ? Pas “harcèlement moral“ qui équivaut à une accusation, mais “souffrance au travail“ ou “trouble anxio-dépressif réactionnel“.
Inutile de pousser trop vite un patient sur une voie juridique incertaine. En revanche, il doit être invité à se rapprocher des représentants du personnel ou de l’inspection du travail pour les aspects plus réglementaires, du médecin du travail, d’un psychologue ou d’un psychiatre pour prendre en charge les conséquences sur la santé. Lorsque la situation paraît bloquée, et que le patient se sent irrésistiblement poussé à démissionner, une inaptitude au poste de travail peut être établie par le médecin du travail à la demande du médecin généraliste, ouvrant la voie à une rupture conventionnelle ou un licenciement. Dans les cas graves, reposant sur des faits certains, le médecin peut directement faire une déclaration d’accident de travail, en décrivant les symptômes et rapportant les dires du patient sur le certificat médical initial. Au médecin-conseil ensuite d’accepter ou non le dossier.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024