HTA, silencieuse mais grave : l’Assurance-maladie sensibilise professionnels et grand public

Par
Publié le 11/09/2026

L’Assurance-maladie lance une large campagne de sensibilisation sur l’HTA, fréquente, grave, mais trop souvent sous-estimée car souvent asymptomatique, et insuffisamment repérée. Les médecins sont invités à mieux la dépister et à encourager l’automesure.

tension

Crédit photo : Pexels

« Votre tension mérite toute votre attention » : « nous espérons que ce slogan soit aussi connu que "les antibiotiques, c’est pas automatique" », a expliqué la Dr Catherine Grenier, médecin-conseil national de l'Assurance-maladie, lors d'un point presse. À partir de ce vendredi 11 septembre, la Cnam lance une vaste campagne d’information, à la fois à l’adresse des professionnels de santé, pour actualiser les outils existants favorisant le repérage de l’hypertension artérielle (HTA), et pour sensibiliser le grand public aux enjeux du dépistage. « Il faudrait que le chiffre de 140/90 devienne un repère réflexe », lance la Dr Grenier.

Premier facteur de risque évitable de maladies cardiovasculaires, l’HTA touche 17 millions de personnes en France, soit un adulte sur trois voire un sur deux au-delà de 60 ans. « Silencieuse, fréquente et grave », résume la Pr Theodora Bejan-Angoulvant, présidente de la Société Française d'Hypertension Artérielle (SFHTA). Un hypertendu sur deux ne sait pas qu’il l’est. Et la prise en charge reste insuffisante, puisque seulement un quart des hypertendus traités ont des pressions artérielles contrôlées.

Agir sur l’HTA est aussi un enjeu économique pour la Cnam, dont 20 millions des assurés sont à risque cardiovasculaire. En 2024, 5,6 millions de Français étaient atteints d’une pathologie cardiovasculaire, à l’origine de 23 millions d’euros de dépense. La prévalence devrait augmenter de 10 % d’ici à 2035 si rien n’est fait, ce qui s’accompagnerait d’une hausse de 10 milliards d’euros sur la décennie.

Et c’est sans compter sur les complications qu’entraînent l’HTA : AVC ischémique (surrisque multiplié par deux ou trois) et hémorragique (par 10), risque d’infarctus et d’insuffisance cardiaques, troubles cognitifs et démences…

Renforcer l’automesure

Le Dr Marc Villaceque, président du Conseil national professionnel cardio-vasculaire (CNPCV), a rappelé les différentes étapes de la prise en charge de la tension artérielle. « Chaque consultation représente une opportunité de dépistage », insiste-t-il.

Le premier levier est la mesure de la tension artérielle en cabinet, régulièrement chez les adultes, d’après les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) de 2016. « Si elle est supérieure à 140/90, il faut confirmer le diagnostic à domicile pour éviter un éventuel biais lié à l’effet blouse blanche », précise le Dr Villaceque. Pour ce faire, deux possibilités : l’automesure tensionnelle (AMT) ou la mesure ambulatoire (Mapa). L’Assurance-maladie peut prêter des appareils ; les généralistes libéraux peuvent en commander gratuitement sur leur compte amelipro, ainsi que les centres de santé médicaux ou polyvalents. Actuellement, l’automesure est recommandée à moins de sept patients hypertendus sur 10. À noter, une fiche pratique d’automesure conçue avec le Collège de la médecine générale, le CNPCV, la SFHTA et Santé publique France est téléchargeable sur le site ameli.fr

La prise en charge est progressive, et commence par des mesures hygiéno-diététiques (activité physique, sommeil, réduction de la consommation de sel et d’alcool, etc.), puis si cela est nécessaire, un traitement antihypertenseur dans les six premiers mois, toujours selon les recommandations de 2016 de la HAS, qui seront actualisées en 2027.

Puis un bilan cardiovasculaire s’impose pour rechercher d’éventuelles atteintes des organes (vasculaires, cardiaques, cérébrales, ou rénales), et identifier les facteurs de risque associés. « Plus tôt le diagnostic est posé, plus tôt on traite », insiste le Dr Villaceque. « Et c’est mieux de prendre en charge à 40 ans qu’à 70 ans ». Enfin, certaines populations, en cas d’HTA à moins de 40 ans, lors de la grossesse, ou non contrôlée malgré trois traitements, doivent être orientés vers un spécialiste (cardiologue, interniste, endocrinologue, néphrologue…). « L’un des difficultés est d’expliquer au patient qu’une maladie qu’on ne ressent pas peut tout de même avoir des conséquences sérieuses à long terme. Il faut parler des risques tout en adaptant son discours à chaque patient », insiste le Dr Fabien Besançon, secrétaire général du Collège de médecine générale. 

De nouveaux outils pour les libéraux

Pour aider les médecins libéraux, l’Assurance-maladie met en avant plusieurs outils. Le tableau de bord « suivi prévention », adossé au forfait médecin traitant, offre aux médecins une vision actualisée sur 15 indicateurs de prévention à réaliser pour leur patient, dont plusieurs sont dédiés au suivi de la santé cardiovasculaire (glycémies à jeun et suivi du diabète, dépistage de la maladie rénale chronique…). Pour chaque indicateur, il donne au médecin la liste des patients pour lesquels une action est nécessaire.

Les médecins peuvent aussi se saisir du profil anonymisé de patientèle à risque d’insuffisance cardiaque (IC), qui permet d’identifier le nombre de leurs patients atteints de pathologies favorisant l’IC. Ce profil sera consultable en 2027 en data visualisation via amelipro.

Enfin, existe l’outil de diagnostic territorial décliné pour l’IC et la BPCO et qui se déploie dans les communautés professionnelles territoriales de santé. Il permet de repérer les zones de sous dépistage et adapter leur approche en fonction des besoins locaux.

Par ailleurs, la loi du 27 juillet 2026 prévoit qu’un dépistage des maladies cardioneurovasculaires et des maladies cardiaques structurelles soit proposé à l’assuré lors des rendez-vous du Bilan prévention.


Source : lequotidiendumedecin.fr