ON LE SAIT, les chercheurs en psychiatrie cherchent à mettre en évidence des anomalies cérébrales, qu’elles soient structurales ou fonctionnelles, dans la vulnérabilité aux comportements suicidaires. Cela, indépendamment des autres troubles psychiatriques existants. On s’intéresse de près au corps calleux (CC), commissure reliant les deux hémisphères cérébraux. Le corps calleux, constitué de nombreuses fibres nerveuses, a un rôle essentiel dans l’intégration et le traitement des informations. Plusieurs études ont montré des liens entre des anomalies structurales du corps calleux et des pathologies neuropsychiatriques (maladies neurodégénératives, autisme, schizophrénie, troubles bipolaires…) sans, toutefois, que le lien de cause ne soit démontré.
C’est dans ce contexte que l’équipe de Sylvaine Artero (INSERM), en collaboration avec l’équipe du Pr Philippe Courtet et des chercheurs australiens, publie dans « Biological Psychiatry » la mise en évidence d’un lien entre une atrophie de la partie postérieure du corps calleux et les comportements suicidaires.
Dans leur travail, les chercheurs ont comparé les mesures du corps calleux de 435 sujets de 65 ans et plus issus de la cohorte ESPRIT (recrutés entre 1999 et 2001). Ces patients ont été répartis en trois groupes :
- sujets ayant déjà fait au moins une tentative de suicide (n = 21) ;
- sujets dépressifs mais n’ayant jamais fait de tentative de suicide (n = 180) ;
- sujets non dépressifs et n’ayant jamais fait de tentative de suicide (n = 234).
Il est apparu à l’IRM que la partie postérieure du corps calleux était significativement plus petite chez les suicidants (219,5 mm2) que chez les témoins sains (249,5 mm2) et aux témoins dépressifs (245,5 mm2).
Cette étude démontre donc l’existence d’anomalies structurales du corps calleux associées aux comportements suicidaires chez des sujets âgés, concluent les auteurs, qui ajoutent toutefois : « La relation de cause à effet entre une atrophie du corps calleux et la survenue de comportements suicidaires reste encore à confirmer par la mise en évidence des mécanismes cellulaires impliqués dans cette relation ».
Les auteurs émettent l’hypothèse d’un rôle possible du corps calleux dans les mécanismes fonctionnels entraînant des conduites suicidaires. « L’atrophie du corps calleux pourrait contribuer à une connectivité inter-hémisphérique anormale et conduire à des dysfonctionnements des régions cérébrales impliquées dans les mécanismes des troubles de l’humeur incluant des anomalies cognitives comme des déficits dans la résolution de problèmes », suggère Sylvaine Artero.
Pour l’instant, les chercheurs envisagent de tenter de généraliser ce résultat notamment en étudiant le corps calleux de sujets plus jeunes.
Cyprien Fabienne et coll. Biological Psychiatry 2001, online le 2 mai.
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