L’INFLUENCE de l’attachement maternel sur les réponses au stress et sur le développement de l’hippocampe a déjà été mise en évidence dans les modèles animaux. On pense que cette action s’explique par des altérations épigénétiques (méthylation de certains gènes, qui modifie leur expression). Les études chez l’homme sont plus rares et souvent rétrospectives. L’innovation de l’étude réalisée par Kelly N. Botteron et coll. (Saint-Louis, États-Unis) chez 92 enfants suivis de l’âge de 3-5 ans à l’âge de 7-13 ans, consiste à avoir exploré, de manière prospective, les effets positifs des soins maternels sur l’hippocampe.
La qualité de l’attachement maternel a été évaluée par un entretien avec les parents mais aussi à l’aide d’une épreuve de challenge (« the waiting task »), où la mère doit aider l’enfant à patienter avant d’ouvrir un cadeau. Chaque enfant était revu quelques années plus tard, une fois entré à l’école. Un IRM en pondération T1 était alors réalisé (avec l’accord, bien sûr, des parents). Les auteurs ont calculé que l’augmentation de volume de l’hippocampe en fonction du degré de support maternel (mesurée en fréquence) est de 13,4 mm3. Mais surtout, cette association positive demeure significative après la prise en compte de divers facteurs confondants (tels que la prise de médicaments, la survenue d’événements traumatiques ou encore les antécédents de dépression chez la mère). En outre, l’accroissement de volume de la formation cérébrale concerne aussi bien les deux hémisphères.
Il faut souligner que ces observations ne sont significatives (p = 0,004) que chez l’enfant avec un score de dépression faible (0-3) à l’âge pré-scolaire. Elles ne le sont plus (p = 0,134) en présence d’un score de sévérité élevé (4-9), soit chez les enfants présentant, en pratique, une dépression clinique. Si l’on divise les enfants de cette cohorte en quatre groupes, les volumes de l’hippocampe les plus importants sont observés chez les enfants sans dépression et ayant reçu les meilleurs soins maternels, par rapport aux enfants non déprimés mais aant reçu peu de soins maternels (volume inférieur de 9,2 %), à ceux ayant des symptômes de dépression mais une bonne qualité de soins maternels (volume inférieur de 6,0 %), et au groupe caractérisé par l’existence de symptômes dépressifs et des soins maternels médiocres (volume inférieur de10,6 %).
Travail prospectif longitudinal.
Le caractère prospectif longitudinal de cette étude américaine est certainement un atout important dans la démonstration de l’impact positif des soins maternels, durant la petite enfance, sur le développement ultérieur, à l’âge scolaire, de la formation hippocampique. La contribution antagoniste de la dépression n’est pas pour surprendre dans la mesure où des études faites chez l’adulte (S. Campbell et coll. ; P. Videbech et coll., 2004) avaient déjà montré une association entre la maladie dépressive et la petite taille de l’hippocampe.
Ce que nous apprennent, en revanche, les travaux de l’équipe du Missouri est que le « parenting » (soins parentaux) positif améliore, de manière significative, la neuroplasticité de l’hippocampe, cela vraisemblablement au travers d’un mécanisme de régulation d’ordre épigénétique. Cet effet semble robuste puisqu’il se maintient après la prise compte de facteurs connus (comme la dépression maternelle) pour leur influence sur la taille de l’hippocampe.
K. N. Botteron et coll. Maternal support in early childhood predicts larger hippocampal volumes at school age. Proc Natl Acad Sci USA (2012) Publié en ligne.
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