SI, COMME le souligne le Pr Patrick Tounian, « la seule complication parfaitement démontrée de la carence martiale est l’anémie, de nombreux éléments suggèrent qu’elle aurait bien d’autres conséquences délétères, comme notamment d’accroître la sensibilité aux infections et de favoriser la survenue de certains troubles cognitifs ».
Le fer intervient en effet dans la réponse immunitaire (1) et participe au métabolisme des neuromédiateurs et au processus de myélinisation, ce qui pourrait expliquer les effets favorables de la supplémentation en fer sur le développement mental et psychomoteur observés chez des enfants de 1 à 5 ans ayant une carence martiale mais pas d’anémie (2) et chez des enfants hyperactifs (3).
« Par ailleurs, dans la mesure où de nombreuses molécules biologiques intervenant dans des processus physiologiques importants (métabolisme énergétique, protection contre le stress oxydatif, etc.) contiennent du fer, il est possible que la carence martiale ait d’autres conséquences encore inconnues », ajoute le Pr Tounian.
Les besoins en fer varient en fonction de l’âge.
De seulement 0,27 mg/j chez les enfants de 0 à 6 mois nés à terme, les besoins en fer passent à 11 mg/j de 7 à 12 mois et 7 mg/j de 1 à 3 ans (4).
« Toutefois, précise le Pr Tounian, il faut tenir compte du fait que la biodisponibilité du fer varie dans des proportions importantes selon qu’il est ingéré sous forme héminique (viandes, poissons, abats) ou non héminique (produits laitiers, œufs, végétaux) (Tableau). Le coefficient d’absorption du fer contenu dans les laits infantiles (25 %), donc non héminique, est identique à celui du fer héminique (15-30 %), grâce à l’adjonction de vitamine C et à leur enrichissement sous forme de sels ferreux. Il paraît donc préférable de raisonner en termes de fer absorbé et non de fer ingéré. Les besoins de fer absorbé par jour sont ainsi d’environ 0,14 mg/j de 0 à 6 mois et de 1à 2 mg/j jusqu’à 3 ans (4) ».
Les principales sources de fer chez le nourrisson et le jeune enfant sont les laits infantiles et les viandes. En pratique, le Pr Patrick Tounian insiste sur « la nécessité de relayer le lait de suite par un lait de croissance ». La consommation de 350 à 400 ml de lait infantile par jour permet d’assurer la totalité des besoins en fer. Malgré l’absence de preuves directes, la prescription de laits de croissance est nécessaire entre 1 et 3 ans pour prévenir les carences martiales. Celle-ci devrait être poursuivie jusqu’à ce que l’enfant soit capable d’ingérer 100 g de viandes par jour (soit environ 1 mg de fer absorbé), donc bien au-delà de l’âge de 3 ans. « Cette quantité ne pouvant être atteinte en un seul repas à ces âges, tout enfant qui ne boit plus de lait de croissance doit impérativement consommer de la viande deux fois par jour », conclut le Pr Tounian.
D’après un entretien avec le Pr Patrick Tounian, nutrition et gastro-entérologie pédiatrique, hôpital Armand-Trousseau, Paris.
(1) Oppenheimer SJ. Iron and its relation to immunity and infectious disease. J Nutr 2001;131:616S-33S.
(2) Abdullah K et coll. Efficacy of oral iron therapy in improving the developmental outcome of pre-school children with non-anaemic iron deficiency: a systematic review. Public Health Nutr 2012;16:1-10.
(3) Konofal E, et coll. Effects of iron supplementation on attention deficit hyperactivity disorder in children. Pediatr Neurol 2008; 38: 20-26.
(4) Baker RD et coll. Clinical report. Diagnosis and prevention of iron deficiency and iron-deficiency anemia in infants and young children (0-3 years of age). Pediatrics 2010; 126: 1040-50.
(5) Tounian P, Sarrio F. Alimentation de l’enfant de 0 à 3 ans. Collection Pédiatrie au quotidien, 2e édition. Masson. 2011.
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