PAUL MORAN (King’s College, Londres) et George Patton (Melbourne, Australie) indiquent, au terme de la première étude de population analysant les automutilations : « L’automutilation est un problème de santé global et surtout, c’est l’un des facteurs prédictifs les plus puissants du suicide accompli ». Elle est d’une fréquence particulière chez les jeunes filles de 15 à 24 ans, une tranche d’âge où d’ailleurs le taux des automutilations sévères est en augmentation.
L’étude a consisté à suivre un échantillon de jeunes gens habitant Victoria en Australie. À l’inclusion, l’âge moyen de la cohorte était de 15 ans (1992-1993). Lors de la dernière vague de suivi en 2008, la cohorte était âgée en moyenne de 29 ans.
Il y a eu 1 802 réponses de participants pour la phase de l’adolescence, avec 149 rapports d’automutilations (8 %). Les filles sont plus présentes (10 %) que les garçons (6 %), ce qui se traduit par un risque de 60 % plus élevé chez les premières que chez les deuxièmes. La pratique tend ensuite à se raréfier, avec une réduction substantielle à la fin de l’adolescence et au final moins de 1 % des participants de l’étude rapportant une automutilation à 29 ans.
Suicides.
Les auteurs ont étudié la transition adolescence/âge adulte, caractérisée par une augmentation des suicides mortels. Ils ont analysé en dossiers des 1 652 participants qui avaient répondu lors les deux périodes. Parmi eux, 136 ont rapporté des automutilations à l’adolescence, avec 122 (90 %) arrêts après l’entrée dans l’âge adulte et seulement 14 (10 %, 13 filles et un garçon) qui ont perpétué leur comportement.
Les coupures et les brûlures sont les types de blessures que les jeunes s’infligent le plus fréquemment. Il y a d’autres méthodes pour se faire du mal, comme le fait de s’intoxiquer, de se provoquer une overdose d’un toxique d’addiction ou des coups.
À l’âge adulte par contre, il n’y a pas de forme prédominante d’automutilation.
Les comorbidités ont été étudiées. À l’adolescence, l’incidence d’une automutilation est associée de manière indépendante à la dépression et à l’anxiété, aux comportements antisociaux (doublement du risque), à un abus d’alcool (doublement du risque), à l’usage du cannabis (doublement du risque) et au tabagisme (risque multiplié par 2,4).
« Les adolescents qui ont souffert de dépression ou d’anxiété ont un risque multiplié par 6 de comportement d’automutilation à la période du jeune adulte, comparativement aux adolescents n’ayant pas ces troubles. »
Donc, les adolescents qui s’automutilent souffrent fréquemment de troubles psychopathologiques qui ne se résolvent pas facilement sans traitement. « Nos résultats suggèrent que le traitement de ces troubles est assorti de bénéfices supplémentaires, en terme de réduction de la souffrance et des difficultés associées à l’automutilation par la suite. »
Et de plus, étant donné l’association entre l’automutilation et le suicide, « le traitement des troubles psychiques courants (anxiété, dépression) pendant l’adolescence représente à l’évidence une composante importante de la prévention du suicide chez les jeunes adultes, et jusqu’ici non reconnu ».
The Lancet, 17 novembre 2011. Doi :10.1016/S0140-6736(11)61141-0.
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