LES ÉTUDES ÉPIDÉMIOLOGIQUES ont toutes montré que les malades ayant une polyarthrite rhumatoïde (PR) souffraient d’autres affections à une plus grande fréquence que dans la population générale. « Il y a deux explications à cela : d’une part, les médicaments administrés pour soulager la maladie rhumatismale peuvent entraîner des effets secondaires, à commencer par la cortisone qui raccourcit la vie et est potentiellement responsable de cataracte, d’hypertension artérielle, de diabète ou d’ostéoporose, des années plus tard. Et d’autre part, la détection de ces affections concomitantes est imparfaite (encore moins bonne que dans la population générale), peut-être parce que le médecin traitant pense que c’est le rhumatologue - devenu de fait, le médecin référent - qui s’en charge et vice versa. La Société Française de Rhumatologie (SFR) se devait donc de s’intéresser aux comorbidités, trop longtemps négligées » souligne le Pr Dougados.
Des spécificités à connaître.
En vue d’émettre des recommandations, la Société Française de Rhumatologie a commencé par collecter les informations portant sur les principales comorbidités de la polyarthrite rhumatoïde. « Une importante analyse systématique de la littérature a été réalisée à partir des recommandations de la HAS ou de sociétés scientifiques avec l’aide de nombreux spécialistes, explique le Pr Dougados. L’objectif a été de traiter les questions pratiques (pouvant justifier d’une mesure préventive) des maladies à l’origine de mortalité ou de morbidité importantes. En janvier 2010, ces données ont été présentées à des rhumatologues, et aussi à des représentants de malades et d’autres professionnels de santé (infirmiers, pharmaciens, généralistes, néphrologues, gynécologues, cancérologues, dermatologues, urologues, gastro-entérologues, pneumologues, infectiologues…) pour enfin élaborer les recommandations de la SFR ». Elles seront regroupées dans un manuel (disponible fin décembre sur papier et téléchargeable sur www.rhumatismes.net) proposé aux professionnels de santé et aux patients. En effet, ces recommandations ont été écrites en gardant à l’idée que le patient puisse faire sa propre évaluation.
Outre les moyens à mettre en œuvre en prévention et qui s’appliquent à tous, il existe quelques spécificités chez les patients souffrant de rhumatisme inflammatoire chronique. « Premier exemple : le risque de développer une maladie cardio-vasculaire étant d’autant plus grand que la PR est ancienne ou que les facteurs rhumatoïdes sont positifs, la SFR a estimé utile de surveiller le taux de LDL-cholestérol. Sa recommandation est de comptabiliser la PR comme un facteur de risque à part entière, pour calculer le seuil de LDL-cholestérol à ne pas dépasser. Autre exemple : comme la PR augmente le risque infectieux, la SFR a émis une recommandation pour inciter les patients à bénéficier du vaccin annuel contre la grippe, sans attendre l’âge de 65 ans. De même, une recommandation a été émise pour proposer le vaccin contre le pneumocoque tous les 5 ans et il est probable qu’une prochaine recommandation portera sur le vaccin contre le zona » insiste le Pr Dougados.
La comorbidité bientôt mieux évaluée ?
Une grande étude internationale incluant plus de 18 pays de quatre continents différents – l’étude COMORA coordonnée par le Pr Dougados - doit débuter pour mieux connaître la prévalence de ces maladies concomitantes et la manière dont les malades sont pris en charge pour ces dernières, en accord avec les recommandations de leur pays. La France y participe, bien sûr, sous l’égide du Pr Marin Soubrier (CHU de Clermont-Ferrand).
Par ailleurs, une autre étude a débuté dans notre pays (étude COMEDRA), dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique : elle vise en partie à évaluer l’impact concernant ces comorbidités que peut avoir une consultation auprès d’une infirmière, pour les patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde. Environ 500 malades vont ainsi être évalués par une infirmière, ce qui permettra de rappeler au patient quelles sont les recommandations de la SFR qui s’appliquent dans son cas – vérifier la tension artérielle, faire une mammographie, etc. - et l’inciter à voir son généraliste pour se faire prescrire l’examen correspondant. « Nous espérons ainsi améliorer notablement la prise en charge des comorbidités » conclut le Pr Dougados.
D’après un entretien avec le Pr Maxime Dougados, hôpital Cochin, Paris, actuellement à New York dans le cadre de l’étude internationale COMORA.
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