Tout d’abord, une piste pour le diagnostic précoce de la polyarthrite rhumatoïde (PR) a été présentée en plénière. En effet, une étude suggère que la quantification des clones de lymphocytes B sanguins dominants (définis comme une population de lymphocytes avec un BCR, ou récepteur à l’antigène, unique représentant plus de 0,5 % du répertoire circulant) permet de prédire le développement d’une PR chez les patients arthralgiques avec des anticorps antipeptides cycliques citrullinés (anti-CCP). À trois ans de suivi, aucun patient BCR dominant -négatif ne développe de PR alors que 71 % des patients du groupe BCR dominant -positif la développent. Ainsi, l’étude des BCR des patients pourrait être une piste pour la décision précoce de mise en route d’un traitement de fond (1).
Des anti-JAK efficaces dans la PR
Un essai randomisé de phase III, contrôlé et en double aveugle, a évalué l’upadacitinib 15 mg (inhibiteur sélectif de JAK1) par rapport au placebo ainsi qu’à l’adalimumab, chez plus de 1600 patients poursuivant leur précédent traitement par méthotrexate. Les résultats ont montré une efficacité clinique à la semaine 12 en faveur de l’upadacitinib : ACR 20 de 36,4 % dans le groupe placebo versus 70,5 % dans le bras upadacitinib et 63 % avec l’adalimumab (p < 0,001). Au niveau radiographique, la progression du score de Sharp à la semaine 26 était modifiée de 0,24 point sous upadacitinib contre 0,92 sous placebo et 0,10 sous adalimumab. Aucun effet secondaire inattendu n’était rapporté (2). Une autre étude a mis en évidence le bénéfice du filgotinib, un anti-JAK1, chez des patients en échec à un biomédicament : ACR 20 de 66 %, 57,5 % et 31,1 % sous filgotinib 100, 200 et placebo respectivement (p < 0,001) [3]. Un essai de phase III, mené sur 507 patients, a démontré la supériorité du peficitinib, anti-JAK3, par rapport au placebo (sur l’ACR 20, 50, 70) mais celle-ci n’était pas retrouvée en comparaison à l’étanercept (4).
L’ixékizumab dans la spondyloarthrite et le filgotinib pour le rhumatisme psoriasique
Un essai thérapeutique de phase III, réalisé pendant 16 semaines chez des patients avec une réponse inadéquate à un ou deux anti-TNF, démontre l’efficacité, contre placebo, de l’ixékizumab dans la spondyloarthrite axiale radiographique (5). L’ixékizumab est un anticorps monoclonal anti-IL17A de haute affinité, administré par voie sous-cutanée, et déjà commercialisé dans le traitement du psoriasis en plaque et du rhumatisme psoriasique. Dans le rhumatisme psoriasique, une étude randomisée de phase II, menée en double aveugle, a évalué le filgotinib par rapport au placebo chez des patients en échec à un traitement de fond classique et n’ayant pas préalablement reçu plus d’un anti-TNF. Elle met en évidence le bénéfice, sur le plan articulaire plus que cutané, apporté par le filgotinib, ainsi qu’une bonne tolérance (6). À l’opposé, trois présentations (7, 8, 9) confirment le risque de survenue ou d’exacerbation d’une spondyloarthrite après le début d’un traitement par vedolizumab, anticorps monoclonal humanisé IgG1 dirigé contre le récepteur membranaire a4b7, utilisé dans le traitement de la maladie de Crohn ou de la rectocolite hémorragique.
Le canakinumab dans la gonarthrose ?
Une étude randomisée multicentrique, contrôlée, a évalué pendant 12 mois le méthotrexate, versus placebo, dans la gonarthrose symptomatique. À 6 mois, l’efficacité sur la douleur est en faveur du méthotrexate (6,2 dans le groupe de patients traités contre 5,1 dans le bras placebo), mais cet effet peu pertinent cliniquement disparaît à un an (10). L’étude CANTOS, qui évaluait le canakimumab (anti-IL1) contre placebo et avait montré une réduction du risque vasculaire relatif de 45 % (objectif principal), a suscité un nouvel espoir soulevé par une observation en post-hoc. En effet, moins de prothèses de hanche et genou ont été posées aux patients traités, par rapport à ceux sous placebo (11).
Et dans les autres pathologies ?
Dans la goutte, l’anakinra (anti-IL1) a démontré une amélioration dès les premières 24 heures chez 59 % des patients hospitalisés (12). Quant au syndrome de Sjögren, la principale nouveauté est l’efficacité de l’association leflunomide-hydroxychloroquine, versus placebo, à la fois sur l’activité des signes extraglandulaires (score ESSDAI) et sur la plainte des patients (score ESSPRI) (13).
Dans le lupus, un essai positif a été présenté avec l’ustekinumab (anti IL12-23) en une injection intraveineuse unique de 6 mg/kg, puis 90 mg en sous-cutanée, toutes les 8 semaines à partir de la semaine 8 (14). De plus, une étude avec baricitinib (anti-JAK1/2 oral) dont l’efficacité a été prouvée dans cette indication (15), a démontré sa capacité à corriger la signature interféron de la maladie (16).
Enfin, l’apremilast diminue le nombre d’ulcères buccaux dans la maladie de Behçet d’après une étude de phase III versus placebo (17, 18). Par contre, dans la sclérodermie, les essais étaient tous négatifs (avec abatacept, tocilizumab ou riociguat), posant la question de la pertinence des outils d’évaluation utilisés (19, 20, 21).
CHU de Brest
(1) Congrès de l’ACR, https://acrabstracts.org, abstract 835, (2) abstract 890, (3) abstract L06, (4) abstract 887, (5) abstract 1864, (6) abstract 1821, (7) abstract 1868, (8) abstract 2826, (9) abstract 2887, (10) poster 428, (11) abstract 445, (12) abstract 2218, (13) abstract L10, (14)poster 2785, (15) abstract 970, (16) abstract 1894, (17) abstract 2789, (18) abstract 2841, (19) abstract 898, (20) abstract 900, (21) abstract 903
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