Chez les patients souffrant d'arthrose du genou, la kinésithérapie permet d'obtenir de meilleurs résultats en termes de réduction de la douleur et d'amélioration de la capacité fonctionnelle à un an que les injections intra-articulaires de glucocorticoïdes. C'est ce que montre une étude américaine parue dans le « New England Journal of Medicine » (NEJM).
« Les deux approches, glucocorticoïdes et kinésithérapie, ne me semblent pas comparables, car elles sont plutôt complémentaires dans la prise en charge de la gonarthrose. Cette étude est néanmoins très intéressante, car elle montre l'efficacité durable de la kinésithérapie, indique au « Quotidien » le Dr Augustin Latourte, rhumatologue à l'hôpital Lariboisière (AP-HP) en commentaire de cette étude. Tous les patients ayant une gonarthrose devraient pouvoir bénéficier de séances de kinésithérapie encadrée ».
En France, la kinésithérapie est le traitement de base de la gonarthrose, avec la perte de poids pour les personnes en surpoids et l'activité physique, rappelle le rhumatologue. Quant aux injections de glucocorticoïdes, non dénuées d'effets indésirables, elles sont réservées à la prise en charge aiguë de la gonarthrose, en cas de poussées inflammatoires.
Massages et renforcement musculaire
L'étude du « NEJM », dans laquelle 156 patients âgés en moyenne de 56 ans ont été inclus et suivis pendant un an, n'a pas mis en place une stratégie combinée mais a plutôt opposé kinésithérapie et injections (quelques patients ont pu toutefois avoir les deux).
La moitié des patients a bénéficié de séances de kinésithérapies à hauteur de 11,8 consultations au total en moyenne. Les patients ont d'abord pu avoir jusqu'à huit séances au cours des quatre à six premières semaines de l'étude, et avaient ensuite la possibilité d'assister à une à trois séances supplémentaires au moment des réévaluations à quatre et neuf mois. « Les séances étaient basées sur des massages, de l'assouplissement et du renforcement musculaire, comme ce qui est fait en France », note le Dr Latourte.
L'autre moitié des patients a reçu 2,6 injections en moyenne au cours de l'étude. Ils pouvaient en recevoir jusqu'à trois, à la discrétion du médecin, avec réévaluation à quatre et neuf mois également. « Dans l'étude, les glucocorticoïdes n'étaient donc pas uniquement administrés en phase aiguë », souligne le rhumatologue.
Le critère principal de l'étude était basé sur le score WOMAC (Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index) à un an. Ce score prend en compte la douleur, la fonction physique et la raideur. Il peut aller de 0 à 240, un score faible reflétant un meilleur état général qu'un score élevé.
Bénéfice à court et long terme de la kiné
À l'inclusion, le score WOMAC était de 107,1 ± 42,4 dans le groupe kinésithérapie et de 108,8 ± 47,1 dans le groupe injections. À un an, ce score a diminué significativement dans les deux groupes, atteignant respectivement 37,0 ± 30,7 et 55,8 ± 53,8. La différence entre les deux groupes étant significative, mais les résultats sont en faveur de la kinésithérapie. De plus, 25,6 % des patients du groupe injections n'ont pas eu d'amélioration du score WOMAC d'au moins 12 % par rapport à la valeur de départ contre 10,3 % des patients du groupe kinésithérapie.
Les critères secondaires à un an - que sont les résultats à deux tests fonctionnels et au score de la Global Rating of Change scale mesurant les changements autoperçus par le patient de son état de santé - étaient également davantage améliorés avec la kinésithérapie qu'avec les injections de glucocorticoïdes.
« Les patients peuvent plus facilement marcher et passer de la position assise à la position debout après un an de kinésithérapie, précise Gail Deyle. De plus, les injections de corticostéroïdes sont généralement utilisées pour des bénéfices à court terme. Or, dans notre étude, nous avons constaté que la kinésithérapie offrait un bénéfice à court terme égal avec un bénéfice supérieur à un an ».
L'enjeu est donc, selon le Dr Latourte, l'accès à la kinésithérapie. « En France, les kinés sont souvent surchargés et manquent de moyens, ce qui peut créer un décalage entre ce qui est prescrit par les médecins et ce qu'ils sont en mesure de mettre en œuvre », regrette-t-il.
G Deyle et al. N Engl J Med 2020; 382:1420-1429
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