Quelles sont les données sur l’utilisation des CSM dans la dégénérescence discale ?
Pr Jérôme Guicheux. Les premières études ont été publiées en 2011, avec des résultats assez encourageants mais sur de petits effectifs et un suivi assez court. Les CSM injectées dans le disque sont pour la plupart issues de la moelle osseuse, autologues dans un premier temps, allogènes actuellement. On a constaté une amélioration de la symptomatologie douloureuse, mais sans faire la preuve d’une restauration de l’intégrité discale, ni de la hauteur du disque.
Ces premières études étant favorables, un consortium européen ReSpine coordonné par le Pr Christian Jorgensen (Montpellier), impliquant également d’autres équipes françaises et européennes, a été mis en place afin d’évaluer des injections de CSM de moelle allogéniques chez plus d’une centaine de patients sur l’imagerie et la qualité de vie. Les candidats sont plutôt des patients à des stades précoces de la lombalgie, chez qui la diminution de hauteur du disque n’excède pas 20 %, avec des douleurs persistantes depuis plus de 6 mois et résistantes à la prise en charge standard.
Quel est le mode d’action des CSM au niveau discal ?
Le milieu articulaire, peu oxygéné, avec un pH acide et peu d’éléments nutritifs, n’est pas favorable aux CSM. Dans la gonarthrose, on a constaté que les CSM survivent très peu et ne contribuent pas à la formation d’un nouveau cartilage surtout si elles sont injectées sans support. Les données au niveau du disque sont plus récentes et un peu moins conclusives mais il est probable que les CSM survivent très peu de temps. On commence à comprendre que les CSM seules ne suffisent peut-être pas à obtenir un effet restructurant : on pourrait par exemple injecter en même temps des facteurs de croissance, du plasma riche en plaquettes,… Les résultats sont plutôt positifs mais nous manquons encore de données probantes.
D’autre part, avant la mort cellulaire, les CSM libèrent probablement divers facteurs qui vont influencer le système immunitaire, l’angiogenèse, la prolifération cellulaire et les stimulations nociceptives. C’est par cette fonction paracrine qu’elles interagissent avec les autres cellules.
Comment contourner la mort cellulaire rapide des CSM dans le milieu articulaire ?
Une des approches consiste à injecter dans le disque intervertébral les éléments que libère la CSM, directement ou via les vésicules extracellulaires qui les renferment et qu’on peut produire in vitro. Notre laboratoire développe un projet (EXCELDISC) financé par l’agence nationale de la recherche afin d’évaluer cette stratégie. Nous étudions aussi des matériaux dans lesquels les CSM seraient encapsulées afin de les protéger de l’environnement articulaire, comme des hydrogels qui miment la matrice extracellulaire.
Autre évolution, un projet européen (iPSpine), auquel participe notre laboratoire, est en cours afin de produire des cellules de disque intravertébral in vitro. Pour cela, deux approches sont possibles : soit de transformer des cellules mésenchymateuses en nucléopulpocytes, soit de reprogrammer des cellules pluripotentes induites pour qu’elles se transforment en cellules notochordales.
Peut-on utiliser des CSM issues d’autres tissus ?
L’essai européen ADIPOA-2, coordonné par les Prs Christian Jorgensen et Franck Barry (Irlande), teste actuellement chez 200 patients atteints de gonarthrose des CSM dérivées du tissu adipeux. Dans un premier essai, celles-ci avaient donné des résultats assez encourageants, notamment quant à l’amélioration de la douleur.
Où en sont les études dans l’arthrose périphérique ?
Dans la gonarthrose, de nombreux essais cliniques montrent que l’injection de CSM allo- ou autologues améliore la fonctionnalité articulaire et la qualité de vie, mais sans pouvoir observer une amélioration de la structure du cartilage. Il est difficile de faire la part des choses. Les patients, dès qu’ils ont moins mal, recommencent à bouger ce qui peut progressivement contribuer à restructurer le cartilage. Comme dans la discarthrose, on cherche à améliorer les injections de CSM en travaillant sur leur encapsulation ou les vésicules extracellulaires.
(1) Regenerative Medicine and Skeleton, unité Inserm 1229
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