Pour une spécialité comme la rhumatologie où l’écoute du patient et l’examen clinique sont essentiels, l’arrivée du coronavirus a sonné comme une sentence. « Dans un premier temps, lors du confinement du printemps dernier, nous avons été privés de nos patients. Nous avons été contraints de leur dire de ne plus venir en consultation. Une aberration ! Nous ne répondions alors au téléphone, qu’aux demandes plus ou moins urgentes », se souvient avec regrets le Dr Christian Augareils, rhumatologue à la Clinique Pasteur de Toulouse et président du Syndicat national des médecins rhumatologues (SNMR). Puis, très vite, les médecins ont été autorisés à proposer des téléconsultations. « Maintenir la liaison avec le patient à distance n’est pas aisé. Par rapport à l’échange par téléphone, la téléconsultation ne présente pas une grande valeur ajoutée : nous pouvons voir le patient mais l’auscultation n’est pas possible », déplore le Dr Augareils.
Une coopération accrue entre praticiens
« Nous avons beaucoup de chance car, même en période de confinement, nous avons pu échanger et organiser des réunions de façon régulière entre rhumatologues, au sein de la clinique, relate le Dr Augareils, qui exerce en libéral au sein d’une clinique dotée d’un plateau technique sophistiqué partagé avec quatre confrères. D’autres pairs exerçants seuls, en ville, se sont sentis perdus, avec l’irruption du coronavirus. Ils ne savaient pas comment continuer à prendre en charge leurs patients. Afin de les aider, nous avons beaucoup échangé avec ces confrères. J’ai également profité de mes fonctions au sein du SNMR pour engager un dialogue avec tous les rhumatologues de France, dès le printemps dernier. Il s’agissait de leur transmettre par mail des informations fiables, théoriques et pratiques sur l’exercice du métier compte tenu du coronavirus ». En parallèle, dès les premières semaines du confinement, les rhumatologues se sont organisés pour rouvrir leurs cabinets aux patients. Une décision qui s’est avérée salutaire. « Il a fallu faire savoir aux patients que nous pouvions les accueillir dans nos cabinets, tout en respectant les gestes barrière. Nous avons malheureusement vu arriver beaucoup de personnes présentant des pathologies graves, victimes de retards de diagnostic. Certaines se plaignant de douleurs ostéo-articulaires par exemple, étaient en réalité atteintes de cancers à un stade avancé. Aujourd’hui, nous devons rattraper tout le retard pris à cause des déprogrammations de consultation », indique Christian Augareils.
Un accélérateur de changements
Le coronavirus a également modifié le déroulement de la consultation. Les patients atteints de pathologies plus ou moins graves et chroniques ont souvent beaucoup de questions à poser au rhumatologue. « Ils nous demandent, par exemple, s’ils sont à risque de contracter une forme sévère de Covid-19, s’ils doivent arrêter leur traitement en cas d’infection. Ils nous posent des questions sur la vaccination. Nous avons travaillé avec la Société française de rhumatologie (SFR) et l’European League Against Rheumatism (Eular) à ce sujet », précise le rhumatologue. Désormais, la première partie de la consultation est donc souvent dédiée aux questions liées à la situation sanitaire. « Le métier a changé. Outre la rhumatologie, nous sommes devenus de véritables experts en infectiologie et en virologie ! », commente le Christian Augareils. Enfin, en rhumatologie, le paysage médical est en train de se transformer. Le coronavirus est un vecteur d’accélération. « Nous sommes à la croisée des chemins. La rhumatologie est entre les mains de médecins relativement âgés. Mais avec la crise sanitaire, beaucoup ont décidé de partir à la retraite, parfois de façon précipitée. La transmission des savoirs et du savoir-faire aux jeunes générations n’est pas toujours assurée. Nous sommes inquiets pour l’avenir de la profession. Les déserts médicaux sont nombreux. Par ailleurs, la consultation de rhumatologie étant difficile et longue, elle devra à l’avenir être rémunérée à sa juste valeur. Nous espérons aussi que le coronavirus sera un vecteur favorisant le lien entre les rhumatologues hospitaliers et libéraux », conclut le Dr Christian Augareils
D'après un entretien avec le Dr Christian Augareils (clinique Pasteur de Toulouse), président du Syndicat national des médecins rhumatologues
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