Age
Avant 60 ans, la chondrocalcinose est rare et sa découverte doit particulièrement faire rechercher une forme familiale ou secondaire à une hyperparathyroïdie, à une hémochromatose, ou à une fuite urinaire en magnésium notamment. Après 60 ans, la fréquence de la chondrocalcinose idiopathique peut être estimée à environ 1 à 2 % chez les sujets de 60 à 70 ans, 6 à 8 % entre 70 et 80 ans et 20 à 30 % après 80 ans ; elle dépasse 30 % après 90 ans.
1) Aspects cliniques
1-1) Forme asymptomatique
La chondrocalcinose est le plus souvent asymptomatique et ne se révèle que par la radiographie.
1-2) Arthrite aiguë à cristaux de PPC (pseudo-goutte)
Les microcristaux de PPC peuvent être à l’origine d’arthrites aiguës, déclenchées par la libération des cristaux dans la cavité articulaire. Dans la population générale, les crises de pseudo-goutte semblent environ deux fois moins fréquentes que les accès de vraie goutte. Mais chez les sujets âgés, la chondrocalcinose est la cause la plus fréquente d’arthrite aiguë. L’accès est habituellement monoarticulaire et touche souvent le genou et le poignet (figure 1). Plus rarement, il s’agit d’une oligoarthrite. L’inflammation articulaire cède habituellement en quelques jours et encore plus rapidement sous traitement (voir plus loin).
1-3) Arthrite chronique à cristaux de PPC
Parfois, la chondrocalcinose prend la forme d’une polyarthrite chronique, qui peut simuler de près une polyarthrite rhumatoïde. L’âge des patients en règle général élevé, l’existence d’antécédents d’accès aigus évocateurs d’une pathologie microcristalline, le caractère volontiers fluctuant et non synchrone des diverses atteintes articulaires doivent faire évoquer le diagnostic. Les radiographies mettent habituellement en évidence les calcifications cartilagineuses.
1-4 Arthropathie dégénérative
Les arthropathies dégénératives de la chondrocalcinose sont à l’origine de douleurs de fonction. Leur fréquence augmente avec l’âge. Radiologiquement, ces arthropathies ressemblent à l’arthrose car il s’associe au pincement de l’interligne une ostéosclérose sous-chondrale et une ostéophytose. Les géodes sous-chondrales sont fréquentes : elles peuvent prendre l’aspect de microgéodes multiples parsemant les zones d’ostéosclérose sous-chondrale ou être très volumineuses. Les arthropathies chroniques touchent les genoux et les hanches. Elles peuvent aussi intéresser des articulations habituellement épargnées par l’arthrose : chevilles, épaules, poignets, articulations métacarpophalangiennes.
2) Diagnostic
Le diagnostic d’arthropathie chondrocalcinosique repose sur la mise en évidence des microcristaux de pyrophosphate de calcium dihydraté dans le liquide articulaire ou sur la démonstration radiographique de l’incrustation calcique du cartilage. La mise en évidence de microcristaux rectangulaires à biréfringence positive (figure 2) à l’examen du liquide articulaire au microscope à lumière polarisée compensée suffit en pratique clinique à un diagnostic de très forte probabilité.
Bien que les images d’incrustation calcique du cartilage ne soient pas toujours dues à des dépôts de pyrophosphate de calcium dihydraté, leur présence suffit à un diagnostic de forte probabilité en pratique clinique. Les clichés les plus utiles à la mise en évidence des calcifications cartilagineuses sont les radiographies des genoux (figure 3), du bassin, des poignets (figure 4) et des épaules (figure 5).
3) Cadre nosologique
Les formes sporadiques ou idiopathiques représentent la grande majorité des chondrocalcinoses. Plusieurs sites anatomiques sont habituellement touchés, en particulier les genoux, les poignets et la symphyse pubienne. Leur fréquence augmente linéairement avec l’âge, et leur prévalence peut atteindre 20 % au-delà de 80 ans.
Une chondrocalcinose floride ou survenant chez un sujet de moins de 60 ans doit impérativement faire rechercher une forme familiale ou une maladie associée. Les trois pathologies pour lesquelles un lien de causalité avec la chondrocalcinose est bien défini sont les hypomagnésémies, les hyperparathyroïdies primitives et l’hémochromatose génétique. En cas de suspicion de chondrocalcinose secondaire, il convient donc de faire les dosages suivants : magnésémie, calcémie, phosphatémie, coefficient de saturation du fer et ferritine.
L’apparition de cristaux de PPC au décours d’un traumatisme chondral, y compris par intervention chirurgicale, est relativement bien documentée. Ceci a été en particulier observé au décours de méniscectomies ou après traitement chirurgical de l’ostéochondrite du genou.
4)Traitement
Le traitement des arthropathies chondrocalcinosiques est essentiellement symptomatique. Les accès aigus sont écourtés par l’évacuation du liquide synovial et la prise précautionneuse d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, dont on redoute la toxicité cardiovasculaire, digestive et rénale chez les patients âgés. En cas de contre-indication, une injection cortisonique intra-articulaire ou une cortisonothérapie parentérale peuvent être efficaces.
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