LE QUOTIDIEN : L’hémicycle donne souvent l’image de débats véhéments entre majorité et oppositions ; comment expliquez-vous qu’au sein de la Commission des affaires sociales que vous présidez, l’ambiance soit si différente ?
FADILA KHATTABI : Depuis le début de cette législature, et malgré les équilibres politiques tout à fait nouveaux, les débats en Commission des affaires sociales se déroulent toujours dans un climat de respect mutuel. En tant que Présidente de commission, j’y veille tout particulièrement car cela correspond à ma conception de la démocratie parlementaire : le débat qui s’exprime au travers d'une opposition d’idées est quelque chose de sain pour ne pas dire vital. Je crois que ce principe fondamental est partagé par le plus grand nombre, tous groupes politiques confondus, au sein de la Commission des affaires sociales. En hémicycle, l’atmosphère est différente car l’exposition médiatique n’est pas la même. Il y a, si je puis dire, un effet vitrine que nous observons toutes et tous, et qui peut souvent pousser certains à tenir certaines postures. Je le regrette car cela engendre parfois des situations contradictoires menant parfois certains groupes d’opposition à voter contre des amendements pour lesquels ils avaient pourtant voté pour lors de l’examen en commission.
Vous avez mis en place des structures dites trans- partisanes ; est-ce une réussite ?
J’ai soutenu l’initiative de la rapporteure générale en début de législature visant à créer au sein de la Commission des affaires sociales deux groupes de travail transpartisans sur des sujets très complexes : l’accès aux soins et l’autonomie. Dans les deux cas, tous les groupes politiques ont été représentés au sein de ces groupes de travail, chapotés par des co-présidents de la majorité comme de l’opposition. Les travaux se sont bien déroulés, et des propositions concrètes ont pu en être extraites avec des mesures qui ont pu être reprises au sein du PLFSS de cette année. Je crois que cela marque le début d’une nouvelle méthode de travail qui, soyons réalistes, ne pourra pas toujours être appliquée en fonction des questions soulevées, mais la démarche a le mérite d’exister. Je pense en effet qu’il est de notre devoir, en tant que représentation nationale, d’apprendre à travailler différemment, et pour ce faire, cela demande un effort réciproque entre majorité et oppositions.
La Première ministre a déclaré qu’elle veille à laisser de la place au débat parlementaire. Le constatez-vous ? Estimez-vous que les ministres jouent le jeu de la co-construction sur les grands dossiers qui intéressent la santé publique ?
La Première ministre a toujours montré son engagement en faveur du débat : c’est une femme de dialogue, qui dispose d’un grand sens de l’écoute et qui respecte profondément notre Parlement. Preuve en est, malgré le déclenchement de la procédure du 49.3, de nombreuses mesures votées dans le cadre du PLFSS 2023 figureront dans la version finale du texte. Concernant la volonté de co-construction manifestée par l’exécutif, je pense qu’elle ne fait aucun doute : plusieurs groupes de travail transpartisans ont pu être créés depuis le début de la mandature. Ils abordent des sujets qui tiennent à cœur aux Français et pour lesquels il nous faut trouver ensemble une réponse. Je pense aux travaux que nous avons menés sur l’AAH cet été, où nous étions plusieurs parlementaires issus de tous les groupes politiques à être reçus par le ministre Combe et la ministre Darrieussecq. Je pense également au groupe de députés transpartisans reçus régulièrement par la ministre Firmin-le-Bodo afin d’aborder la question de la fin de vie. D’autres exemples suivront car c’est la volonté de l’exécutif de concerter les députés, qu’ils soient de la majorité présidentielle comme de l’opposition.
Diriez-vous que les sujets de l’accès aux soins, du grand âge et de la fin de vie se prêtent plus particulièrement à des consensus politiques et que l’objectif d’une politique de santé transpartisane vous paraît réaliste et accessible ?
Il y a des sujets sur lesquels je suis convaincue qu’il est possible de trouver des consensus et ce, dans l’intérêt de nos concitoyens, surtout quand il y va de l’intérêt général. Notre politique de santé est un bon exemple en la matière. Ma proposition de loi sur l’encadrement des centres de santé que j’ai présentée mercredi 23 novembre en commission constitue une bonne illustration. Le texte, voté à l’unanimité, a donné lieu à des débats très riches et constructifs, au cours desquels j’ai accepté des amendements venant de tous les groupes politiques : preuve qu’il est possible de co-construire ensemble des projets qui répondent aux attentes des Français.
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