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À l’attention des auteurs de l’enquête du « Collectif Plus digne la vie »

Publié le 19/04/2012
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Par un groupe de médecins*

Nous avons eu l’occasion de prendre connaissance des « résultats » de l’enquête qui a été menée en Belgique francophone sous l’égide du Collectif « Plus digne la vie » et le moins que l’on puisse dire est que le rapport publié a de quoi surprendre à plus d’un titre.

La méthodologie est contestable dès lors qu’il s’agit de questions ouvertes qui font appel à des impressions personnelles plus qu’à une réflexion argumentée. De plus, les réponses relayées sont manifestement orientées et, bien que sans preuves concrètes les propos sont dûment repris comme des faits avérés. Il est intéressant de noter que les 4 réponses « non exploitables », du moins pour les intérêts des commanditaires de l’enquête, mettaient déjà en garde face à une telle méthode. De plus, il n’y a aucune analyse des informations récoltées et les déclarations non étayées issues de quinze avis par ailleurs non vérifiables sont prises pour argent comptant.

Cette enquête ne donne pas, contrairement à ce qui est dit, un éclairage intéressant sur la situation en Belgique. Non, il n’y a pas de cas d’euthanasie clandestine qui ait été dénoncée en Belgique : nous serions les premiers à dénoncer des pratiques qui ne respecteraient pas le cadre légal qui, rappelons-le, n’autorise l’euthanasie qu’en cas d’affection incurable grave, de souffrances inapaisables et de demande lucide, répétée et sans pression extérieure. Ces conditions sont contrôlées par une commission officielle comprenant huit médecins dont quatre professeurs d’université, quatre juristes et quatre personnes s’occupant de la problématique de la fin de vie. Il n’est pas sans intérêt de noter que la plupart des patients ont été traités en soins palliatifs avant leur demande d’euthanasie, ce qui montre que dans notre pays ces deux réponses à la souffrance ne sont nullement opposées.

Les « conclusions » de cette enquête ne sont que la mise en forme d’une conception partisane de l’éthique. Jamais celles et ceux qui défendent le droit des patients n’ont usé d’un tel procédé.

Il n’y a aucune honte à pratiquer la médecine en Belgique, au contraire, et nous craignons moins l’effet de notre cadre législatif que la diffusion de propos aussi affligeants que ceux présentés par un tel rapport.

Confraternellement

* Dr Dominique Lossignol, Coordinateur du Forum EOL (Institut J Bordet); Dr Marc Englert, membre de la Commission de contrôle; Dr François Damas, membre de la Commision de contrôle; Dr Jean-Paul Van Vooren, chef de clinique Soins palliatifs (Hôpital Erasm

Source : Le Quotidien du Médecin: 9117