Vous êtes président de SOS Médecins Marseille. Y a-t-il des quartiers où vous ne pouvez pas aller ?
Dr Patrick Muller. Des quartiers, non. Mais il y a certaines cités où on ne nous laisse pas circuler la nuit. Ou alors si on y pénètre, on n’est pas sûr d’en sortir : il y a un contrôle à l’entrée, et ce n’est pas un contrôle policier ! Jusqu’à 20 heures, il n’y a pas de problème. Mais une fois que les enfants sont couchés, la population change, et le business reprend le dessus. Sur la trentaine de médecins qui travaillent chez nous, deux ou trois parviennent à y aller. Mais ils ne font qu’une visite, et ne s’attardent pas. Il faut cependant bien préciser que la situation n’est pas la même dans toutes les cités. À la Castellane ou à la Bricarde, par exemple, nous n’avons pas de souci.
Quelles sont les conséquences pour la santé des gens ?
Dr P. M. Les jeunes qui nous empêchent de rentrer, eux, n’ont pas de problème de santé particulier… même s’ils risquent parfois l’accident du travail avec leurs kalach (rires) ! Mais plaisanterie mise à part, les besoins dans ces cités sont les mêmes que partout ailleurs. La nuit, il y a pour nous une grosse activité de pédiatrie, avec des enfants qui ont de la fièvre.
Et pour les habitants de ces quartiers-là, il ne reste que trois solutions : le conseil téléphonique, le Samu ou les urgences. Cette situation pose-t-elle des problèmes de recrutement ?
Dr P. M. Non. Chaque médecin peut décider de ne pas se rendre dans un quartier s’il estime que sa sécurité est en danger. Le praticien est seul dans sa voiture. S’il y a un problème, la structure peut appeler les secours, mais c’est tout ce que nous pouvons faire.
Trouvez-vous que la situation s’améliore dans la ville ?
Dr P. M. On n’y circule pas trop mal. On peut toutefois se faire attaquer dans sa voiture, voler sa sacoche… C’est moyennement amusant. Le problème, c’est que dans les cités dont nous parlons, la situation ne bouge pas. C’est lié au niveau d’activité du trafic de drogue. Ce n’est pas normal : quand on est médecin, on devrait pouvoir accéder aux patients sans problème.
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