Selon le Dr Isabelle Claudet, c’est le « pire des hivers » depuis 20 ans. Comme dans d'autres services d'urgences pédiatriques en France, celui du CHU de Toulouse fait face à une épidémie de bronchiolite précoce, arrivée huit semaines plus tôt que d'habitude, précise la chef de service. Et c'est sans compter les autres pathologies virales à l’origine d’un surcroît d’activité : gastro-entérites, laryngites ou trachéites. En raison de la crise sanitaire et des confinements multiples, « les enfants ont été préservés depuis un an et demi des infections virales qu’ils rencontrent habituellement, ils ont donc contracté une dette immunitaire, poursuit-elle. D’où le tsunami pédiatrique qu’on vit tous en ce moment ».
De fait, en dehors de la Bretagne et de la Corse qui étaient encore en phase pré-épidémique fin octobre, les autres régions métropolitaines étaient déjà en phase épidémique, selon Santé Publique France. Le 26 octobre, le nombre de consultations aux urgences pédiatriques de l’hôpital Femme-Mère-Enfant (HFME) des Hospices Civils de Lyon (HCL) avait augmenté de 56 % en deux semaines, par rapport à la même période en 2019. Et sur les 31 lits de réanimation et de soins continus que compte l’HFME, un tiers concernait des cas de bronchiolite.
Contacté par « Le Quotidien », le Dr Hugues Desombre, chef du pôle des spécialités pédiatriques aux HCL, confirme que l’épidémie a débuté le 15 octobre dans la région lyonnaise, alors le plan hivernal était prévu, comme chaque année, pour fin novembre. « C’était un peu comme quand des chutes de neige arrivent en hiver, mais que les saleuses ne sont pas prêtes », illustre le pédiatre qui aurait aimé recruter des renforts pour ouvrir des lits supplémentaires. Mais « nous n’avons pas trouvé de candidats » déplore-t-il.
Sous-effectifs
L'intensité et la précocité des épidémies pédiatriques viennent se heurter aux problèmes de sous-effectifs chroniques dans ces services, notamment à cause des conditions de travail de « métiers compliqués en termes d’horaires et de rythme », analyse le Dr Hugues Desombre. La crise sanitaire a aussi « laissé des traces » chez le personnel soignant, confirme le Dr Isabelle Claudet qui observe un « absentéisme record, en particulier dans les services de pédiatrie ».
D’autres médecins sont encore plus pessimistes. À l’image du Dr Véronique Hentgen, pédiatre aux urgences pédiatriques du CH de Versailles, membre du collectif Inter Hôpitaux (CIH). Depuis le printemps dernier, ce service est confronté à une pénurie de personnel non médical, si bien que quatre lits sur 32 sont fermés. Pire : « pour la toute première fois depuis mon recrutement en 2004, des postes médicaux sont vacants », affirme le médecin. À la suite de trois congés maternité au sein de son équipe, « nous avons eu l’ouverture d’un seul poste pour remplacer ces trois postes, et cela n’a pas suscité de candidatures ».
Déni de réalité
Pourquoi cette désaffection ? En raison tout d’abord de « la lourdeur de nos services qui assurent la continuité des soins 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 », selon la pédiatre, persuadée que le problème de démographie médicale en pédiatrie s’aggrave quand on s’éloigne des grandes métropoles. « Plus ces équipes sont réduites, plus la permanence des soins pèse lourd et plus les équipes peinent à recruter », souligne-t-elle.
En outre, la crise de la pédopsychiatrie n’arrange pas les choses : les lits des urgences pédiatriques sont occupés par des pathologies qui ne relèvent pas des missions habituelles de la pédiatrie. « Douze de nos 32 lits sont occupés par des enfants et des adolescents avec des troubles pédopsychiatres », témoigne Véronique Hentgen.
Cette pédiatre estime que la crise des urgences pédiatriques s'explique par la dégradation des conditions de travail. Selon elle, l’épidémie de bronchiolite n’avait « rien d’exceptionnel » le 28 octobre, puisque l’on se situait « entre 40 et 50 % du pic qu’on avait en décembre 2019 ». Un constat partagé par le Pr Isabelle Desguerre, chef du service neurologie pédiatrique à l’hôpital Necker. « L’épidémie de bronchiolite est un faux problème qui se répète tous les ans et qui ne fait que révéler la fragilité de notre système de santé », diagnostique-t-elle. Et de conclure qu’il est « impossible » de soigner les enfants dans des conditions dignes, « quand 20 % des lits nécessaires sont fermés en pédiatrie, faute de soignants et d’anticipation ». Des chiffres que « nos tutelles s'empresseront de contester, ajoute la neuro-pédiatre. Je pense que cela relève du déni de réalité ». « Il n’y a pas de tri » dans les services d’urgence pédiatriques, a assuré au Sénat la ministre déléguée à l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, sans apaiser les craintes des professionnels du secteur.
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