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Dossier

À vos marques, prêts, prescrivez...

Le sport sur ordonnance, c’est parti !

Publié le 22/01/2016
Le sport sur ordonnance, c’est parti !

dosspro
PHANIE

Les études sont formelles sur les bienfaits de l'activité physique, non seulement pour la santé en général, mais aussi dans certaines pathologies. À Strasbourg, Biarritz ou Douai, les premières expériences sont concluantes et les généralistes satisfaits. Et la prescription de sport devrait être dopée dès 2016 par l'amendement Fourneyron.

La prescription de sport se glisse de plus en plus dans la pratique quotidienne des généralistes. Et cette tendance ne devrait pas faiblir, bien au contraire. À l'initiative de Valérie Fourneyron, ancienne ministre des sports, l’article 35 de la loi de santé affirme en effet la possibilité, pour les médecins traitants, de prescrire une activité physique adaptée à leurs patients atteints d’une ALD et prévoit des modules ad hoc dans le cadre des études de médecine. Une disposition législative qui, sans faire peser une obligation sur les médecins, vient ancrer davantage dans les textes une pratique initiée sur le terrain.

 

Strasbourg, ville pionnière


Les prémisses du « sport sur ordonnance » ou « sport santé » sont à rechercher du côté de Strasbourg. Depuis novembre 2012, la ville expérimente un dispositif intitulé
« sport-santé sur ordonnance ». L’idée est simple : à leurs patients atteints de certaines pathologies, les généralistes peuvent prescrire une activité physique modérée puis les orienter vers des éducateurs sportifs de la ville. Charge ensuite à ces derniers de déterminer, à l’aune de l’ordonnance du médecin et en fonction du profil du patient, une activité qui conviendra à ce dernier. Gymnastique douce, marche nordique, vélo ou encore aviron : sept structures accueillent les patients souffrant d’obésité, de diabète de type 2, de maladie cardiovasculaire, d’hypertension artérielle ou en rémission d’un cancer du sein ou du côlon.[[asset:image:8756 {"mode":"small","align":"left","field_asset_image_copyright":["DR"],"field_asset_image_description":["Conseiller municipal \u00e0 Strasbourg, charg\u00e9 de la Sant\u00e9"]}]]

L'activité physique est un vrai médicament


Au début, « une cinquantaine de médecins généralistes se sont montrés intéressés par le projet », se rappelle Alexandre Feltz, conseiller municipal en charge de la santé. Trois ans plus tard, plus de 180 praticiens strasbourgeois participent à l’opération. Signe, pour l’élu, par ailleurs médecin généraliste, d’une « adhésion très importante » de ses confrères. « Ça fait 20 ans que j’incite mes patients à faire du sport », assure Alexandre Feltz qui, en tant que médecin, s’est « rendu compte que l’activité physique est un vrai médicament ».

Plus qu'une intuition, puisque différentes études scientifiques l'ont déjà étayée. Dès 1953, le Lancet publiait une étude soulignant les bienfaits du sport sur la santé. « Elle montrait que les contrôleurs de bus londoniens avaient deux fois moins de risque d’avoir une maladie cardio-vasculaire que les conducteurs car ils montaient et descendaient des escaliers toute la journée », explique Bertrand Pulman, sociologue spécialiste des questions relatives à la santé et au sport.

 

Des bénéfices en terme d'espérance de vie


Depuis, l’Inserm, en 2008, et l’Académie de médecine, en 2009, ont attesté de l’intérêt de la pratique d’une activité physique pour diverses maladies chroniques, puis les articles du Medical Oncology, en 2011, et Gastroenterol and Practice, deux ans plus tard, y ont trouvé des bénéfices en terme d’espérance de vie pour les personnes ayant souffert de cancer du sein ou du côlon. Et la Haute Autorité de santé s’est elle aussi emparée du sujet. Au printemps 2011, elle a plaidé pour le développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses, au titre desquelles figurent les activités physiques et sportives. Une recommandation qui tombe à point et annonce l’essor du « sport sur ordonnance » dans l’Hexagone.

 

 

Des réseaux sport-santé dans une quinzaine de villes


Si la capitale alsacienne fait figure de pionnière en matière de sport-santé, d’autres communes ont rapidement rejoint cette dynamique. « L’initiative locale s’est disséminée dans d’autres villes », précise Alexandre Feltz. En plus de la vingtaine de comités Cami dédiés à l’activité physique en cancérologie et en hématologie, une quinzaine de villes ont elles aussi créé un réseau sport-santé. À l’instar de Biarritz qui a récemment mis en place un programme de prescription d’activité physique, dernière étape d’un long processus de sensibilisation au sujet.
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« Pendant 5 ans, on a parlé en théorie, et, en 2014, on a vu comment on pouvait se greffer dans un programme sport-santé », rapporte Guillaume Barucq, généraliste, adjoint au maire, et auteur, en 2010, de Surf thérapie, ouvrage pointant les bienfaits des activités de bord de mer sur la santé.

Le coup d’envoi de l’opération pilote a été donné, au printemps 2015, pour un semestre.
Titulaires d’une formation DPC particulière, une vingtaine de médecins traitants de la Côte Basque s’est portée volontaire pour tester le dispositif. Pour y entrer, les patients doivent être sédentaires, atteints ou non d’une maladie chronique, contrairement à Strasbourg et au dispositif prévu par la loi de santé où l’ALD est le critère déterminant. « Les médecins ont un rôle de repérage des patients, sédentaires, qui auraient intérêt à faire du sport pour leur santé et qui n’en font pas, ou pas assez, notamment par manque de moyens », détaille Guillaume Barucq.


Initiateur et coordonnateur, le médecin intervient à la fin du programme pour faire un bilan

Après avoir évalué le degré de sédentarité du patient, « le médecin, chef d’orchestre du dispositif, prescrit à son patient une activité physique », poursuit le généraliste biarrot. Sur l’ordonnance, « symboliquement, c’est du sport à la place d’un médicament », souligne-t-il, le praticien indique, au choix, une activité précise ou laisse le soin à l’éducateur médico-sportif du programme de la déterminer. Et le patient, muni d’un Pass’sport santé, carnet de liaison créé par la ville pour les différents interlocuteurs, rencontre un éducateur avant d’être orienté vers l’une des dix associations sportives partenaires. « Initiateur et coordonnateur, le médecin intervient à la fin du programme pour faire un bilan » des trois mois de marche aquatique, paddle, stretching ou encore de karaté, conclut Guillaume Barucq. Selon un premier bilan, 80 % des 135 patients ayant reçu une prescription d’activité sportive ont intégré un club de sport. Et tous ont renouvelé leur inscription, à l’issue du programme trimestriel.

Alors que Biarritz pérennise son dispositif, Douai se lance à son tour dans le sport-
santé. Depuis le début de l’année, les communes du Douaisis déploient deux programmes : « Sport avant et sur ordonnance ».

Là aussi, il s’agit de proposer des activités physiques aux personnes « sédentaires ou susceptibles de développer rapidement une pathologie » ainsi qu’à celles qui souffrent déjà d’obésité, de diabète de type 2, d’hypertension artérielle ou sont en rémission de cancer colorectal ou du sein.
 

[[asset:image:8781 {"mode":"small","align":"left","field_asset_image_copyright":["DR"],"field_asset_image_description":["\u00e9ducatrice m\u00e9dico-sportive, en charge du dispositif de Douai"]}]]

 

Ça décolle !


« Depuis septembre, je crée les documents de présentation du programme, une fiche de prescription d’activité et je contacte les médecins », raconte Mathilde Caron, éducatrice médico-sportive et cheville ouvrière du projet. Six mois plus tard, « ça décolle », s’enthousiasme-t-elle à la veille de la première séance d’aquagym. Avant de l’organiser, elle a réalisé les premiers bilans de patients adressés par leur médecin traitant. Car, comme à Strasbourg ou Biarritz, c’est le médecin traitant qui oriente les bénéficiaires du sport santé vers le réseau. Mathilde Caron intervient ensuite : elle réalise un bilan de forme avant de déterminer, avec le patient, l’activité qui lui convient. Et les revoit régulièrement après la mise en route du sport, pour faire à nouveau des tests physiques dont elle communique les résultats au médecin. Quinze jours après la mise en route du sport-santé à Douai, Mathilde Caron n’a vu qu’une dizaine de patients. Un nombre limité qu’elle explique notamment par les limites du territoire couvert par le dispositif. Financé par la communauté d’agglomération du Douaisis, il suppose que seuls les généralistes exerçant dans ces communes puissent prescrire du sport à leurs patients. Pour ces derniers, l’activité sportive est gratuite pendant un an.

La première année d’activité physique est également gratuite pour les patients strasbourgeois. Puis, ils bénéficient d’une tarification dégressive, pendant deux ans, selon leurs revenus. En trois ans, le dispositif soutenu par divers acteurs publics locaux a profité à près de 800 personnes. Toutes n’ont pas prolongé leur pratique sportive, « l’observance n’est pas de 100 % », reconnaît Alexandre Feltz. Mais, à ses yeux, si « certains arrêtent et reprennent plus tard », tous ceux qui sortent du dispositif « ont changé de comportement ». Et, quoi qu’il en soit, « très peu sont perdus de vue car les patients reviennent voir leur médecin traitant ».

Soutenu par de multiples acteurs publics, le programme de Biarritz prospère également grâce à la présence de financeurs privés qui prennent en charge une grande partie des frais d’inscription des patients aux activités sportives pendant trois mois ainsi que la consultation qui conclut le cycle.

 

Une immixtion du domaine assurantiel

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Si la santé publique et les intérêts privés se retrouvent, pourquoi s'en priverait-on ?


Assurances, mutuelles ou encore complémentaires santé, divers acteurs privés opérant dans le domaine de la santé montrent un certain intérêt pour « le sport santé ». Comme en témoigne le partenariat avec Groupe Pasteur Mutualité à Biarritz. Et ils incitent, moyennant des garanties spécifiques, leurs sociétaires ou assurés à pratiquer une activité physique, quand bien même il n’existe pas d’offre structurée en réseau chez eux. Une immixtion du domaine assurantiel qui ne gêne pas Bertrand Pulman pour qui il convient plutôt de « se féliciter des initiatives prises par des opérateurs privés dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises ». Et si « la santé publique et les intérêts privés se retrouvent, pourquoi s'en priverait-on ? », interroge-t-il.

 

Quant à l’univers sportif, lui aussi se met à l’ère du sport santé. À l’initiative d’Alain Calmat, le Comité national olympique et sportif français travaille actuellement sur l’élaboration du médicosport-santé, sorte de dictionnaire des activités sportives. Il passe en revue une trentaine de disciplines sportives et décrit les atouts de chacune
d’elles en matière de prévention tertiaire. La première ébauche sortie en décembre dernier devrait être enrichie par de nouvelles entrées sportives. Et cette bible pourrait bien être rebaptisée « Vidal du sport ».
 

Dossier réalisé par Luce Burnod