LE QUOTIDIEN : Comment jugez-vous ce cru 2021 ?
THOMAS FATÔME : Mon impression générale est positive. Après une année 2020 particulière, nous revenons vers une tendance plus normale avec une large majorité d'indicateurs cliniques orientés favorablement : 14 sur 25. Quant à la rémunération, elle est proche de 2020 et 2019. Globalement, on note une stabilité de cet investissement significatif de l'Assurance-maladie qui représente 264 millions d'euros, soit quasiment 5 000 euros par médecin concerné.
Quels progrès et quelles insuffisances notez-vous ?
Il y a des résultats en amélioration et intéressants autour de l'accompagnement des malades chroniques, notamment pour le dosage HbA1c chez le diabétique ou le dépistage de la maladie rénale chronique chez les patients hypertendus. S'agissant de la vaccination antigrippale, on peut avoir l'impression d'une baisse par rapport à une année 2020 très particulière mais en réalité, le niveau reste supérieur à 2019. Même chose pour le dépistage du cancer colorectal où on a une progression très significative de 3,8 points et près de 450 000 patients supplémentaires dépistés.
En matière d'efficience, on a des résultats intéressants sur les biosimilaires qui progressent mais moins satisfaisants sur la prescription dans le répertoire des génériques, notamment sur les statines. Cela peut être lié par exemple à l'introduction de nouveaux médicaments mais c'est un point que nous sommes en train d'instruire.
Comme les années précédentes, les résultats globaux sur la prévention sont très mitigés, notamment sur l’iatrogénie médicamenteuse. Pourquoi ça ne marche pas mieux ?
Il faudra avec les médecins faire une analyse plus fine, indicateur par indicateur pour tirer les enseignements dans les prochaines semaines. Par ailleurs, nous souhaitons justement développer la visite à domicile des médecins chez les personnes âgées pour permettre notamment de réaliser des bilans de médication.
Côté rémunération, on constate une stagnation de la prime moyenne, en dessous de 5 000 euros pour les généralistes et MEP. A-t-on atteint un plafond de verre sur ce plan ?
Par rapport à 2019, la rémunération connaît une légère augmentation. L'objectif de ce dispositif est l'évolution des indicateurs et non celui du montant de la prime. L'an passé, il y avait eu un mécanisme de rattrapage/majoration pour amortir le choc. Mais pour 2021, nous avons considéré que le système de soins avait été beaucoup moins perturbé qu'en 2020. Il n'y avait donc pas matière à engager une neutralisation ou des ajustements des indicateurs sur 2021.
Vous aviez annoncé votre intention de faire évoluer la Rosp. Quelles sont les pistes ?
Un groupe de travail a été lancé avec les syndicats de médecins libéraux et de premiers éléments de bilan ont été partagés, afin d'avoir un recul sur les cinq dernières années. Ce travail n’a pas encore abouti. De notre côté, nous allons enrichir ce diagnostic avec une enquête qualitative menée auprès de médecins et que nous partagerons d'ici cet été avec nos partenaires syndicaux. Cela permettra de nourrir ce bilan sur l’appréciation des médecins de la Rosp, sa structuration et son impact sur les pratiques.
Un certain nombre de pistes commencent déjà à se dessiner. Est-ce qu’on doit réduire le nombre d’indicateurs pour une meilleure lisibilité ? Aujourd’hui il y en a 29, c’est beaucoup. Nous voulons poursuivre la rémunération sur objectifs de santé publique, mais maintenant tout est ouvert sur la structure, le nombre d’indicateurs, les volets, etc. Ce travail doit techniquement se mener d’ici l’été. Politiquement, il se traduira dans la négociation de la convention.
Une ouverture à d’autres spécialités serait-elle possible ?
Je regarde l'ouverture à d'autres spécialités favorablement, tout comme le fait de réfléchir aux modalités d’une Rosp collective. En effet, un groupe de médecins traitants pourrait souhaiter rentrer dans une logique d’appropriation collective. Parfois le volume de patientèle concerné pour un médecin est assez faible et insuffisant pour mesurer toute l'efficacité du dispositif. Si on globalise, avec deux, trois, quatre ou cinq médecins traitants généralistes, cela pourrait permettre une approche plus étayée de la performance du groupe par rapport à cette patientèle commune. C’est un sujet que je souhaite mettre sur la table.
Quels indicateurs supprimer, lesquels conserver ?
À l’aune de l'expérience du Covid, nous souhaitons renforcer nos programmes d’actions en matière de prévention et de santé publique, en partenariat avec les médecins. Par exemple sur le dépistage des cancers, nous savons que notre pays est en retard et donc la façon dont nous pouvons davantage mobiliser les médecins est importante. Nous travaillons pour mieux les accompagner dans l’information sur leur pratique de ces dépistages. Sur la vaccination contre la grippe, il y a aussi encore des progrès à faire pour personnes prioritaires et notamment âgées.
Donc, je dis "oui" à davantage de prévention, mais c'est sans doute compliqué de faire une Rosp centrée uniquement là-dessus. Nous voulons aussi travailler avec les médecins sur la façon dont ils ont connaissance des résultats, comment ils les perçoivent et comment on peut leur donner plus d’informations, de façon accessible et plus régulière au cours de l’année pour qu’ils puissent s’approprier leur situation et se comparer.
Emmanuel Macron a proposé de faire évoluer la rémunération des médecins libéraux. Une Rosp à l'échelle territoriale est-elle possible ?
Ces sujets auront certainement vocation à être détaillés dans la feuille de route du prochain gouvernement. Le sujet de modes de rémunération des médecins, de leur diversification et de leur orientation pour accompagner l’amélioration des pratiques en termes de santé publique fera sans nul doute partie des priorités, y compris dans une démarche pour favoriser l’exercice coordonné et territorial.
Le calendrier de ce point de vue est assez cohérent puisque nous avons prévu très rapidement une négociation sur la convention médicale, qui sera l’un des réceptacles de ces futures évolutions. Aujourd’hui, la Rosp est nationale et individuelle, si demain un groupe de médecins traitants qui veut entrer dans une Rosp collective, on se rapproche déjà d’une logique populationnelle et territoriale.
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