L’alimentation avant cholécystectomie

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Publié le 20/03/2025
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Dans les pancréatites aiguës d’origine biliaire, la place de la sphinctérotomie et celle de la cholécystectomie précoces sont assez bien définies. Mais le choix entre le jeûne, une réalimentation orale ou une nutrition entérale jusqu’à l’intervention reste sujet à discussion. Éléments de réponse issus de la cohorte Capables.

Seuls un tiers des patients bénéficient de l’intervention immédiate recommandée

Seuls un tiers des patients bénéficient de l’intervention immédiate recommandée
Crédit photo : BURGER/PHANIE

En cas de pancréatite aiguë biliaire légère, les recommandations internationales préconisent une cholécystectomie au cours de l’hospitalisation, le risque d’événements biliaires à distance (migration, cholécystite, angiocholite ou récidive de pancréatite) n’étant pas négligeable. En cas de forme sévère, l’inflammation locale oblige à différer l’intervention ; un temps pendant lequel le lien entre réalimentation et risque de récidive biliaire reste débattu. En effet, s’alimenter par voie orale pourrait entraîner des contractions vésiculaires, avec un risque théorique d’événement biliaire. « Faute de données solides, les pratiques varient d’un centre à l’autre, signale le Dr Frédérick Moryoussef (CHI de Poissy-Saint-Germain-en-Laye), investigateur principal de la cohorte des pancréatites aiguës biliaires légères à sévères (Capables). Certains maintiennent les patients à jeun jusqu’à l’intervention, d’autres autorisent une reprise alimentaire, ou encore privilégient une nutrition entérale par sonde. Quant aux recommandations européennes (Espen 2024), elles préconisent une alimentation orale excluant les graisses jusqu’à la cholécystectomie en cas de pancréatite aiguë légère à modérée, mais ne citent pas d’études robustes dédiées à l’étiologie biliaire. »

Voie orale, entérale ou jeûne

Initiée par l’Association nationale des gastroentérologues des hôpitaux généraux (ANGH) et soutenue par la Société française nationale de gastroentérologie (SNFGE), l’étude observationnelle Capables a cherché à analyser l’incidence des événements biliaires, avant la réalisation de la cholécystectomie, chez les patients atteints de pancréatite aiguë biliaire, en fonction du mode d’alimentation adopté, oral ou entéral. Ainsi, entre octobre 2022 et décembre 2023, 1 172 patients ont été inclus de manière prospective dans 60 établissements hospitaliers français (40 CHG et 20 CHU). Parmi les 1 169 patients évalués à la fin de leur hospitalisation, 849 présentaient une pancréatite aiguë légère à modérée et 316 une forme sévère.

Parmi les premiers, au-delà de 48 à 72 heures, 572 ont repris une alimentation orale, 83 ont bénéficié d’une nutrition entérale et 194 ont été maintenus à jeun jusqu’à la cholécystectomie ; ils étaient 152, 109 et 57, respectivement, parmi les formes sévères.

238 événements biliaires ont été recensés chez 188 patients (angiocholites : 10,5 % ; pancréatites aiguës : 32 % ; cholécystites aiguës : 7,6 % ; enclavement biliaire : 10,5 % ; colique hépatique ou migration lithiasique 40 %).

« Sous réserve d’avoir interprété la totalité des événements biliaires, précise le Dr Moryoussef, la comparaison des différentes modalités d’alimentation n’a pas révélé de différence, sans observer de rôle protecteur d’un certain type d’alimentation sur la récidive biliaire. L’effectif de la cohorte était soit insuffisant pour mettre en évidence une différence, soit celle-ci n’existait pas. »

« En pratique clinique, on peut donc s’aligner sur les recommandations, c’est-à-dire l’alimentation orale pauvre en graisses en cas de forme légère à modérée. Pour les formes sévères avec cholécystectomie différée, l’alimentation entérale initiale sera proposée à visée nutritionnelle (catabolisme majeur, douleurs), sans arguments en faveur d’une protection vis-à-vis d’événements biliaires, souligne le spécialiste. Seuls un tiers des patients avec pancréatite aiguë biliaire légère ont été opérés lors de l’hospitalisation initiale. 67 % n’ont pas bénéficié d’une cholécystectomie immédiate préconisée par les recommandations, dont 45 % pour des raisons organisationnelles. »

Hélène Joubert

Source : Le Quotidien du Médecin